Aujourd’hui, je vous présente Arnaud Dudek. Jeune auteur, il vient de publier son premier roman Rester sage chez Alma éditeur. Pourquoi je veux vous le faire découvrir ? Rester sage donne à réfléchir sur notre condition. Que l’on se reconnaisse ou pas dans l’histoire de ces deux personnages qui, après avoir agit “comme il faut” pendant 30 ans, ont le sentiment de s’être trompé de chemin, Rester sage pose des questions qui sont spécifiques à notre génération. Avis à ceux d’entre nous qui ont tendance à marcher dans la boue plutôt que sur le trottoir : bonne lecture !

Age13 : Peux-tu présenter ton livre ?
Arnaud Dudek : Je raconte l’histoire de deux trentenaires, amis d’enfance, qui tout au long de leur vie, ont mis un point d’honneur à suivre le droit chemin, à faire tout comme il faut pour se faire leur place au soleil. Mais la trentaine venue, ils s’aperçoivent qu’ils n’ont pas forcément fait les bons choix, ils n’ont pas forcément pris les bonnes directions, et ils se disent qu’ils ont peut être raté quelque chose. Le premier personnage a perdu son travail, sa petite amie. Il traverse un sérieux passage à vide. Le second protagoniste est plus dans le déni. Il n’a pas forcément une vie très rose mais il se dit systématiquement “ya pire que moi” pour se convaincre que tout va bien. Il pense à ceux qui font la manche, pointent à Pôle-Emploi, ceux qui sont seuls. Il se dit qu’il a un travail, une femme et qu’il n’a pas à se plaindre. Mais il n’est pas heureux. Son couple ne va pas bien et lui ne veut pas le voir. Il n’aime pas son travail, il ne vit que pour ses vacances. Alors voilà, ces deux personnages, la trentaine passée, après 10 ans sans se voir, se rappellent de moments passés ensemble et plongent dans une sorte de mélancolie du bonheur. Se souvenir de l’époque où lendemain paraissait toujours loin leur apporte une bouffée d’oxygène. Ils prennent conscience de leur situation. Avec leur histoire, je pose des questions…au lecteur d’y répondre !

Age13 : J’ai entendu dire que tu avais écris tes premières nouvelles à 12 ans…
A-D : Oui. Je suis enfant unique. J’ai toujours aimé raconter des histoires. Les aventures qu’on se raconte tout seul dans sa chambre, ça me connaît. En 6ème, j’avais un super professeur de lettres qui m’a vraiment donné envie d’écrire et de lire. Je naviguais entre les rédactions où j’avais des notes catastrophiques parce que je ne respectais pas les consignes, et celles qui me plaisaient et qui s’allongeaient, j’en faisais 12 pages au lieu des 2 requises. Je lisais beaucoup de nouvelles policières, et j’en écrivais aussi. J’ai fini par me retrouver avec 4 ou 5 nouvelles, que, du haut de mes 12 ans, je trouvais sympathiques. Je les ai envoyées au quotidien local, qui m’a très gentiment renvoyé un chèque-lire, je les ai envoyées à un éditeur qui lui ne m’a rien envoyé du tout. Des années ont passé, j’ai beaucoup lu, écrit. Après quelques essais de pièce de théâtre au résultat assez catastrophique, je me suis remis à écrire des nouvelles. J’ai commencé à contacter des revues littéraires. J’ai publié dans Bordel, Décapage, les Refusés. Tout ça m’a donné confiance en moi. J’ai tenté d’envoyer des recueils de nouvelles à des éditeurs. Ça n’a rien donné dans un premier temps. J’ai reçu environ 15 refus. J’ai fini par être publié sur un chouette site internet éditeur de nouvelles pour Ipad qui s’appelle StoryLab. En parallèle je me suis pris d’affection pour une petite histoire, une nouvelle de 3 pages que j’avais écrite et sur laquelle j’ai eu envie de revenir. Le squelette était très intéressant pour moi. Je l’ai développé tant et si bien que je me suis retrouvé avec 150 pages. En le relisant et en corrigeant, j’ai quasiment gommé la totalité de la nouvelle d’origine, j’ai retravaillé un peu tout ça et ça m’a donné un roman qui me paraissait suffisamment potable pour le faire à lire à quelques éditeurs. Et voilà, je me suis retrouvé chez Alma éditeur, j’ai signé en février dernier et le roman est sorti en janvier 2012.

Age13 : Qu’est-ce que ça te fait de publier ton premier roman ?
A-D : Crois-le ou pas, mais je ne le réalise pas encore tout à fait. C’est d’abord une grande satisfaction. Moi qui n’ai pas tout à fait confiance en moi, je trouve que mon roman n’est pas si mal que ça. Je ne parlerai pas d’un aboutissement, mais plus d’un accomplissement. Même si je prends beaucoup de plaisir à écrire, j’ai envie que toutes ses heures passées à travailler laissent une trace. J’ai envie de partager ce que je fais avec des gens. Avec ce roman, c’est maintenant le cas.

Age13 : Quels sont les avantages à être édité dans une maison qui publie surtout des “premiers romans” ?
A-D : Je retrouve une certaine émulation que je ressentais dans les revues littéraires. Alma éditeur est une structure de taille moyenne et il y règne une véritable ambiance familiale. On se sent un peu comme chez soi. J’ai trouvé le premier roman qu’ils ont publié, celui de Thomas Vinau, absolument renversant, formidable. Je connaissais déjà un peu cet auteur. Je me sens proche de lui. On parle pas de concurrence évidemment, mais le fait de retrouver, dans une même maison d’édition, d’autres auteurs de sa génération dont on se sent proche, est très motivant. Nos romans sont très différents, mais nous avons une approche de la vie similaire, une façon de parler qui se ressemble aussi. Sans pour autant essayer de dégager une ligne éditoriale chez Alma éditeur, il y a une proximité entre les auteurs qui ont publié, qui publient ou qui publieront chez eux.

Age13 : Tu parle de génération, tu as le sentiment d’appartenir à une génération d’auteurs ?
A-D : Une génération d’auteurs peut être pas, parce qu’on a pas les mêmes préoccupations, pas la même vie, mais on se pose les mêmes questions. On y répond, ou pas, de façon très différentes. Qu’est-ce que appartenir à une communauté ? Est-ce que la société qui s’est construite nous prive pas de nos rêves et de nos envies ? Pourquoi les gens ne font que s’effleurer ? Quel rapport existe-t-il entre moi et le monde, le monde et moi ?

Age13 : Y a-t-il un conseil dans ton titre “Rester sage” ?
A-D : Il y a un conseil, oui, mais de l’ironie surtout.

Rester sage, Arnaud Dudek
Publié chez Alma éditeur
118 p. – 13,80 euros