Cédric Delsaux, Star Wars et les livres

Mardi, janvier 24, 2012 |  by  |  Livres, Photographie
Cédric Delsaux, Star Wars et les livres

La semaine dernière, je publiais un article sur l’exposition du BAL, les livres photographiques latino-américains. De fil en aiguille, j’en suis venue à réfléchir aux livres photo. J’ai pensé au rayon photo Fnac qui aujourd’hui est à 75% constitué de « Apprendre à photographier avec le Canon X » (titre à décliner selon le nom de l’appareil photo que vous possédez), j’ai pensé aux chroniques que je lis dans la presse culturelle dont je ne comprends qu’un mot sur deux, j’ai pensé au prix de ces livres qui souvent dépasse la cinquantaine d’euros, et je me suis dit que l’image du livre photo n’était pas au meilleur de sa forme : « le beau livre d’art, c’est pour les vieux, c’est cher et on comprend rien ». Pour vous détourner de ces idées reçues, je vais vous présenter le travail de Cédric Delsaux. Il est l’auteur du livre Dark Lens : un ouvrage qui vous fait voyager dans un monde peuplé de personnages de Star Wars. Le photographe a en effet photographié des lieux et y a intégré des figures de la célèbre saga pour créer une ambiance. Ouvrir ce livre photographique, c’est plonger dans un monde pour y déambuler, rêver et se raconter des histoires.

Cédric Delsaux, Dark Lens

Entretien avec Cédric Delsaux.

Age13 : Que racontes-tu dans Dark Lens ?
Cédric Delsaux : Pour moi, les livres photos réussis ne sont pas ceux qui raconte une histoire immédiatement identifiable et balisée, comme on pourrait le faire dans un livre de littérature classique ou dans un film avec un début, un milieu et une fin. Je raconte plutôt une perception du monde, un rêve éveillé. Je fabrique des ambiances, je vise à transformer la perception qu’on avoir sur des lieux avant même de penser à bâtir une narration. Pour le dire autrement, je creuse la notion de fiction dans le réel. Cette question fait d’ailleurs partie des thèmes récurrents chez les photographes aujourd’hui. Comment la fiction interpénètre le réel ? Comment perçoit-on le réel à travers des fictions ? Mais pour autant, je ne cherche pas à faire des narrations. Mon travail sur Star Wars entre dans cette ligne de questionnements. Star Wars est un symbole, mais un symbole flottant. Certains peuvent y voir le symbole de l’impérialisme américain, d’autres y verront le symbole d’une dictature technologique à venir, et pour d’autres encore ce sera juste le symbole de son enfance et de l’émerveillement qu’on a eu à imaginer des soucoupes volantes dans le ciel. Dark Lens a donc une répercussion assez large parce que chacun peut s’y engouffrer à sa manière. Et le fait de ne pas fabriquer une narration permet à chacun de se raconter sa propre histoire. La photographie, parce qu’elle est figée et muette, ouvre aux divagations des spectateurs.

Cédric Delsaux, Dark Lens

Age13 : L’absence de narration ne rend-il pas le livre photographique moins accessible ?
C-D : Oui, c’est difficile de rentrer dans un livre photo, ça demande une certaine pratique. Néanmoins, on vit dans une monde qui est saturé d’images, et c’est dommage que l’on ne prenne pas du temps pour réfléchir aux images, voir comment on peut penser le monde avec des images. Maintenant, ce n’est pas parce que tu vas rajouter du texte que tu vas forcément rendre un livre plus accessible. Chacun doit trouver sa route. C’est ainsi que l’on apprend à comprendre les meilleurs livres photographiques. On parle souvent de la photographie comme d’un langage, mais ce n’est pas un langage basé sur des mots ou des codes. Chaque auteur invente sa propre langue. Par conséquent, il y a forcément certaines photographies dont on ignore tout. Et, quand on un livre pour la première fois, on peut être totalement désarçonné. Il faut justement apprendre à être désarçonné, à être perdu, à ne pas tout suivre, pas tout comprendre. Le génie de la photographie, c’est qu’il n’y a ni début, ni milieu, ni fin. Les meilleurs livres photos me hantent perpétuellement, je n’en sors jamais. J’y retourne constamment et je ne referme pas le livre en me disant « j’ai fait le tour, je n’ai plus rien à en penser ».

Cédric Delsaux, Dark Lens

Age13 : Quelle différence y a-t-il entre « ouvrir un livre photo » et « parcourir une exposition » ?
C-D : C’est une bonne question. J’aime beaucoup le photographe Stéphane Duroy, qui lui, ne s’intéresse qu’au livre. Même ses propres images exposées ne l’intéressent pas. Pour lui, l’image seule n’a aucun intérêt. Par contre, une fois intégrée dans une forme de narration que présente le livre photographique, elle dégage là un véritable sens. Moi, je ne suis pas aussi tranché, je pense que l’expo comme le livre ont leur intérêt, mais ils se lisent différemment. En ce moment, je travaille sur une série qui se lira très différemment entre l’exposition et le livre. Un espace d’accrochage n’est pas l’espace d’une page. La taille de l’image est une question essentielle. Mais, dans la mesure où chaque photographe invente son propre langage, chaque photographe aura une réponse.
Moi, c’est l’amour des livres photographiques qui m’a donné envie d’être photographe. On voit des centaines d’images par jour. Et au fond, la photo n’existe dans ma mémoire que quand elle est dans un livre ou dans une exposition. Comme tout le monde, je vais voir les blogs, les sites des uns et des autres, mais tout ce que je vois sur ordinateur ne reste pas dans ma mémoire. L’écran est trop lisse. Il y a une distance entre moi et l’image. Alors qu’un beau livre, ça reste pour la vie.

Pour en savoir plus : www.cedricdelsaux.com (allez voir la série Nous resterons sur terre)
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