Giuliana Prucca édite Antoine d’Agata, Position(s)

Mercredi, janvier 23, 2013 |  by  |  Livres, Photographie, Portraits

Alors qu’une exposition d’Antoine d’Agata s’ouvre cet après midi au BAL, je veux vous parler de Position(s), une sorte d’ovni parmi tous les ouvrages de ce photographe déjà publié. Édité par Giuliana Prucca, Avarie Publishing, c’est un livre petit format, avec beaucoup de textes et des images re-traitées d’une façon assez particulière.

Italienne, elle porte son projet et ce livre à travers toute l’Europe. Quels choix a-t-elle fait ? Comment a-t-elle construit ce livre ? Pourquoi créer une maison d’édition seule ? Rencontre.

Avarie publishing : avarie-publishing.com

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© Antoine d’Agata, Avarie

Age13 : Pourquoi as-tu créé une maison d’édition ? Pourquoi as-tu décidé d’éditer Antoine d’Agata ?
Giuliana Prucca : Alors…par où commencer ? J’ai un doctorat de littérature française et d’arts visuels. Le lien entre le texte et l’image m’a toujours intéressé. J’aime faire dialoguer les deux. Il y a deux ans, j’ai eu l’idée de rassembler les textes d’Antoine et les traduire en italien. Je voulais proposer aux maisons d’éditions italiennes de publier les textes et les photographies d’Antoine. Tout le monde aimait beaucoup le projet, mais personne ne voulait y risquer de l’argent. J’ai commencé à fréquenter des festivals et rencontrer des gens. Quand je parlais de mon projet, on me répondait souvent : « Pourquoi ne le fais-tu pas toi même ? » Et en y réfléchissant, je me suis rendue compte que cela me permettrait de réaliser mon projet comme je l’imagine, sans devoir faire des compromis. Je voulais faire quelque chose de différent par rapport au livre classique de photographie.
Je suis très sensible au travail d’Antoine. Sa démarche et son parcours me touche particulièrement. Quand je lui ai parlé de mon projet, il m’a tout de suite répondu « Si tu veux le faire, je suis avec toi. » Ça a été très important pour moi. J’avais sa confiance et j’ai pu me plonger véritablement dans son travail, ses écrits. Comme lui, j’ai beaucoup travaillé sur le corps, l’informe, l’idée du vide, la matière. De plus, l’idée de fabriquer des livres m’obsédait depuis longtemps. Et là, malgré mes peurs, il fallait quand même se lancer et prendre le risque. J’ai créé Avarie pour encadrer les projets que je voulais mener.

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© Antoine d’Agata, Avarie

Age13 : Comment as-tu construit ce livre ?
G-P : Dans ce livre, j’ai voulu privilégier des textes issus de sources différentes (interviews, notes de carnet, manifeste…). J’ai essayé une forme narrative différente qui m’a mené à croiser des niveaux de langues différents. J’ai voulu créer une véritable expérience de lecture et pas seulement rassembler tous les textes d’Antoine.

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© Antoine d’Agata, Avarie

Age13 : Quel est le rôle de l’éditeur dans un tel projet ?
G-P : À l’origine, mon objectif était de reprendre tout le travail d’Antoine et lui donner une certaine perspective. Mon rôle a été de faire un editing (le choix des images), de créer une sorte de parcours dans son œuvre. L’éditeur doit être disponible et à l’écoute, mais là, j’ai aussi eu la liberté d’apporter ma vision. Au premier abord, quand on regarde les images d’Antoine, on voit tout de suite son côté provocateur. Mais derrière, il y a toute une recherche existentielle très forte. Le sexe, la drogue, le monde de la nuit ne sont que le point de départ vers autre chose : l’idée de vide et de disparition. On est frappé par le flou, l’informe, ces corps qui disparaissent et que l’on ne reconnaît plus. Et comme on connaît déjà très bien le travail d’Antoine, j’ai cherché un moyen de retranscrire ces idées de vide et de disparition d’une façon inédite. Je suis partie sur l’idée d’avoir des traces d’images, comme quelque chose qui resterai après la disparition. Je voulais une sorte de fantôme d’image, quelque chose de très brut, presque une photocopie. Jean-Luc Godard, dans un de ses livres, a retiré toutes les valeurs de gris de ses images. On s’est inspiré de cette technique et d’une esthétique un peu « année 70″. Là encore, je vais souligné la confiance qu’Antoine m’a accordé puisqu’il m’a permis de traiter ses images !

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© Antoine d’Agata, Avarie

Age13 : Comment as-tu choisi le nom de ta maison d’édition ?
G-P : Avarie, je le prononce à l’italienne, et c’est le pluriel du mot français « avarie ». Pourquoi ce mot ? Je ne voulais pas me placer dans un système de productivité absolue. Je veux rester libre de mes projets et du temps que je leur consacre. En français, j’ai cru comprendre que l’avarie évoque quelque chose d’assez catastrophique. Pour moi, l’avarie correspond à quelque chose qui mettrait le système en panne. Je suis en bateau, mon moteur tombe en panne, j’attends que quelqu’un vienne le réparer, je vais à la dérive, je me perds et peut-être que je découvre autre chose, l’inconnu.

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La couverture du livre Position(s), Antoine d’Agata édité par Avarie

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2 Comments


  1. Très belle interview et très belle photo !
    Bravo à Giuliana et félicitations à vous pour ce superbe site ;)

    • Merci beaucoup pour votre commentaire ! C’est très gentil à vous :)

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