La Marche, collectif Faux-Amis
La semaine dernière, j’ai reçu une jolie surprise dans ma boîte aux lettres : le livre La Marche du collectif Faux-Amis. Il a réveillé mon âme d’historienne (j’ai fait des études d’histoire) qui se passionne pour les questions de mémoire. Construit autour d’images d’archives et d’images réalisées par le collectif, La Marche explore le parcours d’individus dans cette histoire tourmentée, celle de la guerre et de ses drames. Il est accompagné d’un DVD qui contient des réalisations multimédia. La Marche est un projet qui répond à une commande de la Ligue de l’Enseignement et l’association UEVACJ-EA (Union des Engagés Volontaires et Anciens Combattants Juifs).
Le collectif, composé de Lucie Pastureau, Hortense Vinet et Lionel Pralus, répond à mes questions. Bonne découverte !
Age13 : Comment travaille-t-on un projet photographique avec des images d’archives ?
Collectif Faux-Amis : En tant que photographes, notre démarche a été très différente de celle d’un historien. Nous ne nous sommes pas tant attachés au contexte réel de l’image, qu’à ce qu’elle nous évoquait : le visuel primait sur la légende. Il s’agissait de récupérer le potentiel sensible de ces images qui est souvent occulté par leur caractère informatif.
Mais bien-sûr, toutes les légendes apparaissent à la fin du livre, nous ne voulions pas non plus perdre ces informations qui permettent une deuxième lecture.
Le temps de recherche a été très long, trouver des images qui nous marquent visuellement, qui puissent entrer en écho avec nos images et notre texte (sans être trop illustratives), détenir les autorisations nécessaires à la publication…
Les images d’archives nous ont servi de socle sur lequel nous appuyer pour faire nos images propres. Peu à peu, nous avons tenté de les réanimer et de leur redonner vie en les juxtaposant avec nos images. Le travail de recadrage, de contextualisation et d’appropriation a été très important.
Nous ne voulions pas faire un livre d’histoire, mais un livre photographique.
© Collectif Faux-Amis
Age13 : Entre l’Histoire et la fiction, comment avez vous positionné votre travail ?
F-A : Le positionnement était compliqué. Tout d’abord, la question de l’engagement volontaire des juifs étrangers dans la Seconde Guerre Mondiale est assez méconnue des chercheurs, nous n’avions donc pas beaucoup de référent scientifique sur la question, à l’exception de Stéphane Leroy qui est doctorant sur le sujet. Par ailleurs, nous avons travaillé à partir d’archives familiales, entre autres, et nous devions expliquer à ces familles que la photo de leur père allait être incorporée dans une fiction où il n’apparaîtrait pas sous son nom.

Une autre question s’est posée : comment rendre compte de tous ces parcours de vie que nous avions rencontrés tout en gardant une trame simple, autour de peu de personnages ?
Finalement, la fiction est restée pour nous le meilleur moyen de nous réapproprier cette histoire pour la faire revivre. Les personnages sont inventés, mais pas les situations ni les événements. Les histoires du livre sont une sorte de condensé de plusieurs histoires qui nous ont marquées.
Une des difficultés a été de ne pas faire d’erreur historique.
Nous avons eu grand soin, tout au long du travail, malgré le choix de la fiction, de rester dans la justesse. Parfois, des éléments véridiques de cette période paraissent plus extraordinaires que la fiction elle même !
Nous avons joué de ces notions (réel/fiction) mais toujours en restant respectueux et clairs sur ces limites. Au final, les familles qui ont vu le projet ont été très touchées et se sont reconnues à travers cette histoire.
A travers le livre et les vidéos, les notions de fiction et de récit sont abordés sous différents angles. Certaines vidéos sont très proches du documentaires et d’autres au contraires, métaphoriques et presque détachées du contexte historique.
Age13 : Pourquoi avoir choisi de joindre au livre les œuvres multimédia créées dans le cadre du projet ?
F-A : Une des attentes des commanditaires était que l’ouvrage puisse servir de base à un travail pédagogique, tant sur l’aspect artistique qu’historique. C’est pourquoi nous avons voulu multiplier les portes d’entrée et laisser au lecteur/spectateur la possibilité d’entrer dans l’histoire et l’esthétique par plusieurs facettes, selon sa sensibilité.
Pour des raisons scénaristiques, nous ne pouvions pas non plus tout raconter de cette période dans le livre. Les vidéos sont comme des zooms sur des points que nous n’avons pas pu développer. Elles viennent apporter d’autres éléments, nous proposent des destins de vie se croisant et se complétant.
D’autre part, nous avons travaillé avec une grande liberté, laissant libre cours à nos envies et partant dans différentes directions pour aboutir au final à un objet protéiforme, fruit de la commande mais aussi des recherches esthétiques et formelles que nous avions envie de mener.
Nous avons notamment pu travailler en étroite collaboration avec un musicien, Dan Matz, qui a créé des musiques originales pour les vidéos.
© Collectif Faux-Amis
Age13 : Que voulez vous qu’on retienne de votre livre ?
F-A : Sûrement la notion d’engagement et de contemporanéité. Il ne s’agissait pas tant de montrer les horreurs de la guerre et du nazisme, que de reposer cette question de l’engagement, la ré-actualiser. Il y a tellement de thèmes qui résonnent fortement avec aujourd’hui : la crise, la façon de considérer les étrangers en France…
Nous souhaitons que ce livre soit vu autant comme un travail de recherche sur une période historique, que comme un livre photographique, fruit d’un travail artistique.
© Collectif Faux-Amis
Informations pratiques :
La Marche, Collectif Faux-Amis
128 pages, 16×21 cm
15 euros
Pour se procurer le livre :
- remplir et renvoyer le bon (à télécharger ici > https://dl.dropbox.com/u/12275088/bon_lamarche.pdf) à la Ligue de l’enseignement
- contacter la Ligue de l’enseignement par mail ou téléphone (mbrillant@laligue.org ; 01.43.58.97.93)
Deux évènements sont organisés à Paris autour du projet :
- Le 6 décembre à 19h00, 42 rue Saint-Denis, 75001 Paris à la Maison du geste et de l’image
- Le 24 janvier à 17h30 à l’auditorium de l’Hôtel de ville de Paris, 5 rue Lobau, 75004 Paris
Sites :
http://simaxuaf.blogspot.fr/
http://fauxamis.net/


















