Sébastien Sindeu – Détroits

Dimanche, mai 6, 2012 |  by  |  Livres, Photographie

J’ai découvert le travail de Sébastien Sindeu en 2010 dans un festival que j’adore : les Promenades Photographiques de Vendôme (j’essayerai d’y aller cette année pour vous en parler). Il y présentait son travail photographique sur les détroits. La démarche du photographe tout comme le propos du projet m’avaient beaucoup marqué à l’époque. Vendredi, je me suis retrouvée par hasard à la signature de son livre Détroits, dans une librairie près de Belleville.
Le livre est beau, le sujet traité est original. J’ai voulu en savoir plus sur la démarche de l’auteur. Interview.

 

Age13 : Quel est votre parcours en tant que photographe ?
Sébastien Sindeu : Je suis arrivé à la photographie un peu par hasard, lors de mes études universitaires d’Histoire-Géo à Toulouse. J’ai découvert la pratique de la photo noir et blanc, la magie du labo. J’ai ensuite fait un stage de photo-journalisme à l’EMI-CFD, à Paris, en 2001. Ensuite, j’ai eu un parcours assez banal de photographe indépendant : book sous le bras, la tournée des rédactions, les portes qui se ferment, celles qui s’ouvrent, etc. J’ai collaboré avec la presse pendant dix ans, beaucoup moins maintenant, mais toujours avec l’envie de traiter des sujets presse et magazine.

Age13 : Comment en êtes vous arriver à travailler sur les détroits ?
S-S : J’ai des origines nantaises, je suis donc très lié à l’univers maritime. Mon premier sujet, suite au CFD, traitait des marins abandonnés dans les ports français. J’avais dès le départ l’attrait vers la mer. Après le travail sur les marins abandonnés, je me suis dirigé vers une famille de marins pêcheurs en Seine-maritime, au Tréport. J’ai réalisé une chronique sur cette famille pendant un an. Lors d’un de ces voyages, j’ai appris que le détroit du pas de Calais était l’un, voir le détroit le plus fréquenté au monde. J’ai donc démarré ce travail sur une idée purement journalistique avec l’idée de retranscrire cette activité maritime intense et symbolique d’une mondialisation à l’époque en croissance permanente. 500 À 600 navires passent le détroit chaque jour, 80 % des marchandises au monde sont transportées par la mer, peu de gens le savent. Ensuite, j’ai simplement ouvert un atlas pour me rendre compte que l’Europe (qui compte un grand nombre de détroit) possédait 4 grande portes maritimes : deux au nord (pas de Calais et Öresund) deux au sud (Gibraltar et Bosphore). Ces passes maritimes sont des lieux incontournables, aussi bien pour les navires que pour les hommes. Il y a donc d’abord une dimension économique, avec la marchandisation frénétique des échanges, autant qu’onirique avec le rapport à la terre finie, le bout du bout et en même temps l’appel vers le large. Détroit finalement c’est l’autre, celui de la rive d’en face, l’inconnu et l’aventure.

Age13 : Combien de temps vous a pris ce travail et comment vous y êtes vous pris ?
S-S : J’ai travaillé pendant sept ans sur le projet, de décembre 2003 à février 2010. La durée de production du travail s’explique essentiellement par la difficulté économique à produire ce type de projet au long cours. D’autant que j’ai choisi de continuer à travailler en argentique alors que l’époque était plutôt au tout numérique. Mais la durée du projet a été aussi un bien pour réfléchir le propos, l’améliorer, le travailler.

Age13 : Comment est né le projet de livre ?
S-S : J’ai contacté la maison d’édition Le Bec en l’air qui a tout de suite soutenu ce projet. Fabienne Pavia, sa directrice, m’a accompagnée dans la dernière étape car j’étais à l’époque en train de terminer le projet avec le détroit de Gibraltar.

 

Age13 : Quels ont été les étapes principales de l’idée à la réalisation du livre ?
S-S : Le premier contact avec l’éditeur date de juillet 2009, la sortie du livre de mai 2012 ! Il a donc fallu trois ans pour finaliser ce projet en livre. Même si l’on passe par des phases de découragement, voir d’abandon, je pense que cette longue attente a finalement été bénéfique pour la pertinence du propos. Il a fallu faire le deuil de certaines images, accepter des compromis dans lequel le regard de l’éditeur a été prépondérant et bénéfique. Là encore, la difficulté est essentiellement économique, il faut tenter de trouver des soutiens financiers, très souvent institutionnel. Certains ont été fidèles et m’ont accompagné jusqu’au bout. A ce niveau le soutien de l’éditeur est primordial. L’édition, particulièrement en photo, est très fragile aussi bien pour les photographes que pour les maisons d’édition. Le rapport entre l’éditeur et le photographe sont donc souvent compliqué, fragile, car chacun est dans sa difficulté économique. Partager le propos du projet avec l’éditeur, le faire évoluer ensemble est donc essentiel.

Age13 : Que conseillerez vous à un photographe qui souhaite faire un livre ?
S-S : D’abord de la patience. Un livre doit rester quelque chose d’exceptionnel, de précieux. Moi qui n’ai en général aucune patience cela m’a obligé à travailler sur le sens que je voulais donner à cet ouvrage plus qu’à sa forme. Ensuite, pour ce type de projet au long cours, il est bon d’y réfléchir très rapidement pour sa validité économique, c’est à dire trouver des partenaires qui soient capables de suivre et de porter le projet, en pré-achat ou subvention, mais pas seulement au niveau financier, moralement aussi, soutien primordial pour arriver au bout de l’aventure.

Plus d’informations sur :
Le site du projet : www.detroit-s.net
Le site de Sébastien Sindeu : www.sindeu.net
du 27 avril au 30 juin exposition au Centre Atlantique de la Photo à Brest

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4 Comments


  1. merci pour ce partage, ces photos sont superbes car à l’heure d’instagram, il est rafraichissant de voyager grâce au talent d’un Artiste.
    Reste une question en suspend, ce livre est il une étape ou l’aboutissement du voyage ?

    • C’est plus un aboutissement mais cela pourrait aussi être une étape. Je réfléchis depuis un moment déjà à une extension du projet à quatre autres détroits dans le monde mais la production demande un effort financier bien plus important qu’à l’échelle européenne.

    • Voilà Nicolas, tu as la réponse =)

  2. j’espère donc lire la suite de cette belle aventure. Merci à vous deux

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