William Daniels, Faded Tulips

Lundi, octobre 1, 2012 |  by  |  Expositions, Livres, Photographie

Après avoir découvert le livre de William Daniels, Faded Tulips, à Visa pour l’Image cet été, je suis finalement allé voir son exposition à la galerie Fait & Cause sur la rue Quincampoix (jusqu’au 27 octobre). Deux petites salles, une quarantaine d’images. Je me suis pris un vrai coup de poing. Des images fortes, qui se comprennent ensemble et s’apprécient dans le détail, un sujet original (je ne connaissais rien au Kirghizistan avant de m’intéresser au travail de William). Interview.

© William Daniels

Age13 : Pourquoi t’es-tu intéressé au Kirghizistan ?
William Daniels : En 2007, je cherchais de nouveaux projets à réaliser. J’avais déjà beaucoup voyagé en Afrique, en Asie du sud est, j’avais aussi un peu découvert l’Amérique Latine, sauf que là je cherchais quelque chose de nouveau, de vraiment différent. Et moi, j’adore le voyage parce que j’aime avoir l’impression d’aller à l’autre bout du monde. Je voulais de nouveau ressentir cette impression et je me suis dit que « l’autre bout du monde », c’était peut-être l’Asie Centrale. Cette zone géographique était vraiment différente de tout ce que je connaissais. Tous ces pays en -stan (Kirghizistan, Ouzbékistan, Turkménistan, Kazakhstan, Tadjikistan) ont une culture très forte : asiatique mais qui est aussi encore imprégnée de l’héritage soviétique. Il y a encore 20 ans, ils faisaient partie de l’URSS. Ce sont des pays très jeunes. Ils se situent aussi à la croisée des chemins : le Kirghizistan est encadré par la Chine à l’Est, la Russie au Nord et l’Afghanistan au Sud. C’est donc un endroit baigné de différentes influences et ça m’intéressait. En me renseignant sur ce pays, je me suis aperçu qu’il y avait vraiment quelque chose d’intéressant autour de la notion de démocratie au Kirghizistan. En effet, deux ans plus tôt, il y avait eu cette révolution des tulipes, très médiatisée en Occident, où les journaux disaient que « la démocratie arrivait en Asie Centrale » comme si elle tombait du ciel. J’ai voulu aller voir sur place ce qu’avait vraiment apporté cette révolution des tulipes. Je voulais y aller avec un regard très naïf, mais aussi très occidental, pour découvrir ce qu’était la démocratie au Kirghizistan. J’ai obtenu la bourse Lagardère pour faire ce projet : 15000 euros. J’ai commencé fin 2007.

© William Daniels

Age13 : Pourquoi tu te poses des questions comme ça ? Et pourquoi y répondre en images ?
W-D : Je suis passionné de photographie, et surtout de photographie qui raconte la vie des gens. Je suis passionné de photographie sociale et documentaire. J’ai envie de raconter l’humain en images, ce que vivent les gens, ce que je vois, ce que je ressens. Avant le Kirghizistan, j’avais fait un autre projet sur la paludisme qui a donné mon premier livre. Et après ce premier projet très axé sur le développement et l’humanitaire, j’avais envie de quelque chose de plus politique, avec un peu plus d’analyse peut-être.

Age13 : Certains des portraits que tu as réalisés incarnent des symboles très forts. Est-ce une volonté de ta part ?
W-D : Oui et non. Parfois tu photographies inconsciemment, presque sans t’en rendre compte. Et c’est à l’editing où tu t’aperçois que finalement cette image est un vrai symbole. Je crois même que l’on s’en rend compte longtemps après. Et parfois, tu photographies en te disant « ah là j’ai un symbole très fort ici, tac ! » et finalement tu ne gardes pas cette image parce qu’elle est moche. L’acte photographique est largement influencé par notre culture, nos connaissances, notre éducation. Après, j’expose à la galerie Fait & Cause 40 images qui sont tirées de 6 voyages que j’ai fait. L’editing est donc très serré par rapport à la masse d’images que j’ai réalisées. Et évidemment, qui dit editing serré, dit une qualité qui monte. Donc oui, il y a ces images un peu iconiques qui ressortent.

© William Daniels

Age13 : Pourquoi la jeune femme dans le bus jaune a un regard si noir ? 
W-D : Je ne sais pas. Je ne peux pas te dire. Cette image s’est faite en deux secondes. Je suis dans ma voiture, à l’arrière, on s’arrête à un feu rouge. On est à côté de ce bus jaune, appelé machurka, et il y a une très belle lumière sur ces deux visages. Je crois que je fais trois photos. Une première, puis une deuxième ou la jeune femme me regarde, puis son regard devient insistant et j’appuie sur le déclencheur une troisième fois. Le feu est repassé au vert, elle est partie et moi aussi. Je ne sais pas si son regard est vraiment noir. Je ne sais même pas si elle me regarde.

Age13 : Moi j’ai l’impression de me faire fusiller.
W-D : Ah ouais ? Je crois qu’elle a un regard qui peut se lire sur plusieurs niveaux. Il est à la fois très noir, mais aussi serein et quelque part presque sympathique. Cette image est très mystérieuse. Personne n’y voit la même chose.

© William Daniels

Age13 : Comment articules-tu un travail d’auteur qui est à la fois destiné à une exposition et un livre, mais aussi à la presse ?
W-D : Vu que j’avais eu la chance d’obtenir une bourse, je n’ai pas vraiment couru après la presse. Je suis allé voir deux ou trois magazines en cours de route (Géo et Paris Match). Ensuite, Polka m’a passé commande pour le dernier voyage. Mais je n’ai pas cherché à obtenir des commandes presse parce que je pouvais financer mon projet et donc le faire comme je le voulais. En plus, ce qui est chouette quand tu es dans cette situation, c’est que tu peux retourner voir la presse avec ton travail fini, avec ton editing, ton regard. Du coup, la presse le prend ou pas, mais au moins si tu publies quelque chose, ça prendra la forme que tu voulais lui donner. Si tu es en commande, tu dois t’adapter à la ligne éditoriale du magazine, faire plus d’images pour qu’ils aient un choix assez large. Tu as plus de chance de publier quelque chose qui ne correspondra pas à ce que tu voulais transmettre.

© William Daniels

Age13 : Finalement, il t’apporte quoi ce métier de photojournaliste ?
W-D : Beaucoup de bonheur ! Je vis plein de choses incroyables. J’ai 35 ans, j’ai voyagé dans je ne sais combien de pays, j’ai rencontré des gens incroyables, j’ai fait beaucoup de choses, j’ai une vie riche. Très riche. Et je m’amuse. Je prends beaucoup de plaisir.

Age13 : Et ton conseil pour un jeune photojournaliste ?
W-D : De ne pas avoir peur d’essayer ses idées.

© William Daniels

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