Aurore Valade, photographe baroque
Aurore Valade, photographiée par Molly Benn
Aurore Valade ne fait que ce qu’elle sait faire : des photographies un brin baroque, telles des tableaux, très chargées et infiniment riches. Il n’est jamais évident de garder son identité et son univers envers et contre tout. Mais cette exposition aux Rencontres d’Arles est une consécration de plus pour cette photographe dont le travail n’a jamais cessé d’être reconnu par la profession.
© Aurore Valade
Age13 : Raconte moi ton parcours !
Aurore Valade : J’ai intégré l’ENSP après avoir fait les Beaux-Arts à Bordeaux. J’y avais suivi une formation pluridisciplinaire. La photographie n’était pas ma première passion, j’aimais l’art en général : la peinture, l’histoire de l’art, la sculpture, le théâtre. J’avais notamment un intérêt pour les installations et les performances. Je suis arrivée à l’école d’Arles de la photographie et j’ai petit à petit adapté mes projets de performances à mes projets photographiques. Pour moi la photographie est un moyen de mélanger tous les genres. Dans mes images, on retrouve ma passion pour le théâtre et la peinture. Je suis sortie de l’école il y a 7 ans, et entre temps, j’ai fait un petit bout de chemin. Mon travail a été primé par le prix HSBC, la Bourse du Talent, la Quinzaine Photographique Nantaise. Ces prix m’ont permis d’avoir une diffusion de mon travail et d’avancer à travers des projets de résidences d’artistes.
Age13 : Pourquoi t’es-tu lancée dans le champ artistique ?
A-V : Je ne sais pas pourquoi, c’était une évidence. Ça rend la vie plus intéressante. Le monde s’éclaire d’une autre manière. Les études classiques m’ont aussi intéressée mais mon espace de liberté s’ouvrait quand j’allais voir une exposition, une pièce de théâtre, quand je me mettais à peindre…
© Aurore Valade
Age13 : Qu’est-ce que l’ENSP t’as apporté ?
A-V : J’y ai appris le métier de photographe. Avant, j’avais une pratique photographique mais je n’étais pas encore photographe. À l’ENSP j’ai appris la maîtrise d’outils, de techniques. J’ai surtout acquis une grande exigence par rapport aux images. Avant je photographiais sans trop me poser la question du pourquoi. Évidemment, j’avais déjà une démarche artistique, mais en entrant à l’école de photographie, mes images ont cessés d’être innocentes. Mon travail est devenu beaucoup plus complexe et plus conceptuel.
Age13 : Qu’est-ce que t’essaye d’exprimer dans ton travail ?
A-V : J’aime raconter des histoires à la fois collectives et personnelles. J’aime me demander comment à travers une seule image, je peux à la fois parler du monde et d’une personne.
© Aurore Valade
Age13 : Quand t’es-tu vraiment sentie photographe ?
A-V : Quand je me suis mise à lire Réponses Photo et Chasseur d’Images, quand j’ai remplacé mon trépied en plastique par un autre trépied bien lourd, quand j’ai acheté une blouse de reporter pour pouvoir y caler trois objectifs, quand j’ai commencé à comprendre le fonctionnement de Photoshop. Quand j’ai maîtrisé les outils du métier de photographe.
Age13 : Est-ce que tu as déjà eu des phases de doute sur ton travail ?
A-V : Oui, tout le temps.
Age13 : Comment tu les surmonte ?
A-V : J’ai deux stratégies. Soit je fais complètement l’inverse que ce que je fais dans mon travail en cours. Ça me permet de prendre du recul. Quand je travaillais sur ma série « Intérieurs », j’ai fait des extérieurs. Quand je travaillais sur le portrait, je me suis mise à photographier des plantes…
Soit, je cherche à montrer mon travail. Le regard de l’autre est très important. Il peut t »encourager, te rassurer, où t’aider à te poser les bonnes questions.
© Aurore Valade
Age13 : Qu’est-ce qui se passe à la sortie de l’ENSP ?
A-V: Dès la sortie de l’école, j’ai eu des prix qui m’ont permis de faire des résidences et de bénéficier d’une certaine visibilité. Ça m’a maintenu, même si je ne gagnais pas encore ma vie, dans un temps de recherche qui s’apparentait à une continuité avec mes études. Le travail de commande occupe une infime partie de mon temps, les commandes auquel je répond (corporate, mode, editorial) s’inscrivent dans la continuité de mes préoccupations personnelles et de ma démarche artistique, il n’y a pas de rupture radicale entre les deux mondes. C’est une chance de pouvoir se concentrer sur sa production personnelle, mais c’est à la fois un mode de vie assez difficile. On se réveille un peu tendu le matin. On est très loin d’être insouciant.
Le choc que j’ai eu, à la sortie de l’école, c’est de ne plus avoir des professeurs et des élèves avec qui échanger. À l’ENSP, tu évolues dans un cocon où tout le monde a un discours sur l’image. Tu montres une photographie et tu ressens tout de suite une émulation autour de toi. Dans la vie réelle, tu montres une photographie, on va te dire « c’est joli »…ou pas, et voilà. Tu te rends compte que oui, tout le monde ne s’intéresse pas à la photographie.













