Claudia Imbert | Promenades Photographiques 2012

Jeudi, juin 28, 2012 |  by  |  Festivals, Photographie, Portraits

Claudia Imbert, photographiée par Molly Benn

Claudia Imbert photographie, certes, mais pas que. Elle met en scène, elle construit, elle raconte. À chaque fois que je revois une des ces images, je découvre un niveau de lecture différent : ses images sont riches. Je connaissais son travail depuis longtemps, mais je ne l’avais jamais rencontrée. Quel bonheur d’échanger avec une photographe si déterminée et calme à la fois. En une demi–heure d’entretien, à l’écouter parler de son expérience, elle a réussit à me redonner confiance et espoir pour une décennie (au moins !).

Age13 : Quel est ton parcours ?
Claudia Imbert : J’ai travaillé pendant 15 ans dans le cinéma, en tant qu’assistante opérateur. Puis, un jour, j’ai décidé d’arrêter mon travail d’opérateur pour devenir photographe.

Age13 : Pourquoi avoir décidé d’arrêter le cinéma pour devenir photographe ?
Claudia Imbert : Il y a une vraie raison. J’avais envie de me lancer depuis longtemps, mais je ne franchissais pas le cap parce que je gagnais très bien ma vie et que j’aimais encore beaucoup mon métier d’assistant opérateur. Mais, quand mon fils est né, j’ai considéré mon avenir différemment. À l’époque, je travaillais sur un film d’Arnaud Desplechin. Je voyais tous les jours ce réalisateur entièrement investit dans son film, dans sa réalisation… et ça m’a bouleversé. Il ne fallait pas que je passe à côté de ce que j’aime. J’ai tout arrêté du jour au lendemain, et j’ai décidé de devenir photographe.

© Claudia Imbert

Age13 : Pourquoi la photographie ?
Claudia Imbert : Parce que je ne sais pas dessiner, je ne sais pas peindre, je ne sais pas chanter…voilà. La photographie fait partie des choses que je sais faire. Elle me permet de m’exprimer.

Age13 : Justement, qu’est-ce que t’as envie d’exprimer ?
Claudia Imbert : Il y a plusieurs choses qui commencent à sortir de mes travaux photographiques. J’ai remarqué que dans mes photographies, tout est souvent très rangé, très cadré. Je crois que j’ai un désir de mettre de l’ordre dans ce que je vois.
Ensuite, on retrouve également dans mes images un lien très fort avec la fiction. Je ne peux pas photographier le réel tel quel. Et pourtant, en mettant en scène, en utilisant la fiction, je me rapproche du réel. Je passe par la mise en scène pour parler de la vraie vie.

Age13 : Comment devient-on photographe ?
Claudia Imbert : Chacun a son histoire. Il n’y a pas de modèle de photographe, pas de parcours à suivre. Pour moi, « devenir photographe » signifiait « vivre complètement de ce métier ». Il fallait que je puisse mener mon travail personnel et mon travail de commandes. Au début, je n’osais pas me présenter en tant que photographe. J’ai mis plusieurs années à trouver mon équilibre entre mon travail personnel et mes commandes et c’est seulement depuis que je l’ai atteint que j’ose affirmer : « je suis photographe ».

© Claudia Imbert

Age13 : Comment mène-t-on de front travail personnel et travail de commandes ?
Claudia Imbert : C’est pas toujours simple. J’ai eu pas mal de commandes dernièrement et ça bouleverse beaucoup mon travail personnel. Quand les commandes prennent le pas sur le travail personnel, il faut savoir en refuser quelques unes.
Ensuite, il faut aussi savoir garder sa patte, même sur du travail de commandes. Au début, j’étais très timide et je n’osais pas faire valoir mon regard. Aujourd’hui, quoi qu’il arrive, je garde ma patte photographique, que ça plaise ou non. Avant de travailler pour quelqu’un, j’ai toujours une discussion avec le client où je dis : « Vous êtes venus me chercher, voilà ce que je fais, voilà ce que je vais faire. Est-ce que ça vous va ? ». Si le client est partant, alors j’accepte la commande. Ainsi, la collaboration se passe beaucoup mieux parce que je fais ce que je sais faire.

Age13 : Quelle est la difficulté la plus difficile à surmonter quand tu te lances dans ce métier ?
Claudia Imbert : Dans les premières années, j’ai eu beaucoup de mal à gérer la solitude. J’avais 15 ans de cinéma derrière moi. J’avais l’habitude de travailler en équipe sur les tournages. En me lançant dans la photographie, je me suis retrouvée seule du jour au lendemain. C’était compliqué. J’ai eu une longue traversée du désert. Mais aujourd’hui ce n’est plus le cas ! Je me suis recréé un milieu. Je collabore avec beaucoup de gens, je me suis re-formé ma petite équipe (un retoucheur, un monteur…). De plus, j’ai exposé dans plusieurs festivals où j’ai rencontré beaucoup de photographes. Je n’éprouve plus du tout un sentiment de solitude.

Age13 : Quel conseil donnerais-tu as un jeune photographe ?
Claudia Imbert : De surtout faire ce qu’il a envie de faire. De se faire confiance, et de ne pas trop écouter les avis de tout le monde.

© Claudia Imbert

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