Coline Sentenac, le temps d’une balade

Vendredi, août 3, 2012 |  by  |  Photographie, Portraits

Coline Sentenac, photographiée par Molly Benn

Coline Sentenac partage son temps entre la photographie et la biologie. Elle a participé à la masterclass « Photo for Life » d’Oliviero Toscani sur Arte à l’automne dernier, et c’est là que je l’ai découverte. Son travail fut remarqué, beaucoup commenté… et pour cause : il est surprenant. Les acteurs de cette émission (Oliviero Toscani, Peter Knapp, la galerie Polka…) partageaient globalement cet avis : les images de Coline sont d’une étonnante maturité pour son âge, 19 ans.

J’ai rencontré Coline il y a quelques mois, pour une interview, mais que je n’ai pas fait tout de suite. J’ai attendu de la découvrir un peu plus, la comprendre un peu, pour pouvoir poser des questions plus justes. Alors la voici, le temps d’une balade entre Hôtel de ville et Jussieu. Rencontre.

© Coline Sentenac

Age13 : Pourquoi as tu commencé à faire des photos ?
Coline Sentenac : Avant de me lancer dans la photographie, je dessinais beaucoup, et un jour, j’ai trouvé la caméra de mon père et je me suis amusée à photographier ce qui m’entourait. Il s’agissait juste d’un nouveau support pour un même but.

Age13 : Qu’est ce que ça t’apporte de faire des photos ?
C-S : C’est un moyen d’expression. L’acte photographique me permet de rejeter tout ce que j’ai à l’intérieur de moi, et de montrer ce que je vois.

© Coline Sentenac

Age13 : Tu t’es beaucoup photographiée avant de photographier les autres. Pourquoi ?
C-S : Au début, c’était pratique. J’avais toujours « moi » sous la main et je savais quoi faire. Je me suis habituée à mon visage, je savais comment me placer devant mon objectif. J’utilisais mon image comme un support lambda pour des projets personnels. Ils pouvaient être totalement différents de ce que j’étais, de ce que je voyais de moi – ce que je n’aime pas faire avec d’autres modèles. Quand je prends quelqu’un d’autre en photo, j’ai envie de photographier ce que je vois de cette personne, je veux utiliser son caractère. C’est la raison principale pour laquelle je n’ai pas encore travaillé avec des mannequins professionnelles.

© Coline Sentenac

Age13 : Est-ce que ton travail a déjà pris une direction ?
C-S : Je ne pense pas avoir pris de direction en particulier. Je n’ai aucune raison de me restreindre, je fais simplement ce que j’ai envie de faire. Ce serait comme me mettre des bâtons dans les roues. C’est aussi pourquoi j’ai eu beaucoup de mal à choisir des études supérieures, j’ai toujours voulu essayer plein de choses à la fois, je trouve réducteur de me contenter d’un seul secteur d’activité. J’ai deux grandes passions dans la vie : la photographie et la biologie. Ce qui est déjà peu, selon moi. Je suis une personne qui a la chance d’être intéressée par tout ce à quoi elle touche, mais je ne semble pas pouvoir en profiter pleinement. Donc je ne me réduirais pas inutilement à quelques miettes de ces passions.

© Coline Sentenac

Age13 : Tu ne t’es pas encore lancée dans le milieu professionnel ?
C-S : Non.

Age13 : Pourquoi ?
C-S : Je saurais pas par quoi commencer. De plus, je ne me sens pas encore à la hauteur de réaliser un travail professionnel. Je ne me sens pas la légitimité de démarcher en tant que photographe.

Age13 : Comment ça s’acquiert la « légitimité d’être photographe » ?
C-S : La confiance en son travail, principalement. C’est juste ça. La confiance en soi permet, j’en suis sûre, après avoir observé les personnes qui m’entourent, d’acquérir ce que l’on souhaite.

Age13 : Mais Photo for Life, les gens qui te suivent sur internet, qui commentent tes photos, ça ne te donne pas confiance en ton travail ?
C-S : Tout cela me permet juste de dire qu’il existe des gens qui apprécient mon travail. Mais cela ne veux pas dire que mon travail est digne d’un professionnel.

© Coline Sentenac

Age13 : Est-ce que tu as le sentiment que le milieu professionnel t’es accessible ?
C-S : Je pense qu’il est accessible, oui, et que je ne tends juste pas suffisamment la main.

Age13 : Et ces propos sur les problèmes d’emploi et d’argent dans le milieu de la photographie, ça ne te fait pas peur ?
C-S : Alors ça… je m’en fiche complètement ! Je fais de la photo parce que c’est ce me plaît. Si ma priorité était de gagner de l’argent et d’avoir un emploi, je n’aurais choisi ni la photo, ni la recherche (dans ces deux voies, j’entends qu’elles soient difficiles d’accès ou d’exercice d’après les conditions dans lesquelles je voudrais les exercer). J’ai même sûrement plus de chance de m’en sortir en tant que photographe que dans la recherche en biologie.

© Coline Sentenac

Age13 : Tu fais des études scientifiques, mais tu ne souhaites pas faire des études photographiques. Pourquoi ?
C-S : En sciences, j’ai énormément de choses à apprendre. Je ne suis qu’en 2ème année d’études, et je ne connais pas la moitié de ce qui est nécessaire pour prétendre y travailler. J’ai déjà acquis un certain savoir en photographie. Je sais comment me servir d’un appareil photo, je sais faire ma lumière, je sais me servir de photoshop. J’ai besoin d’ajustements, mais pas d’une formation. J’ai besoin d’un tuteur qui saurait me guider.

Age13 : Tu n’as pas encore envie de faire de choix entre biologie et photo ?
C-S : J’espère ne jamais avoir à en faire. Ce qui me freine en photographie, c’est que je pourrais continuer à l’exercer tout en continuant mes études en biologie, mais l’inverse n’est pas envisageable.

© Coline Sentenac

Age13 : Qu’est-ce que ça te fait de savoir que les gens voient ce que t’exprime ?
C-S : J’utilise la photo pour exprimer ce que je suis. Mais paradoxalement, quand les gens arrivent à lire complètement mes photos, tout d’un coup je me rétracte, par pudeur. Je dis des choses en exutoire, mais je n’imagine pas que les personnes m’écoutent, me lisent, ou me voient réellement.

Age13 : Qu’est-ce que t’imagines qu’ils voient ?
C-S : Pas grand chose nécessairement. Je ne sais même pas. Je ne m’en inquiète pas tant. Si ce que je leur montre leur plaît, tant mieux. Lors de la masterclass de Photo for Life, par exemple, Oliviero Toscani m’a vu à travers mon travail, ce qui m’a rendu très mal à l’aise. Je me suis trouvé assez bête et hypocrite de vouloir montrer des choses et de ne pas vouloir au final que les gens le voient vraiment. Je ne m’attendais pas à ce que mon travail soit aussi honnête et impudique que l’on y lise plus loin que la moitié de ce que j’ai voulu dire.

© Coline Sentenac

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