François Pinçon à la galerie Snoop

Samedi, février 11, 2012 |  by  |  Expositions, Photographie

Il y a deux jours, je vous parlais de Tilby Vattard, artiste exposé l’année dernière à la première édition du festival Circulation(s). Aujourd’hui, c’est au tour de François Pinçon. Celui qui s’amusait d’être identifié comme un jeune photographe expose à la galerie Snoop jusqu’au 3 mars 2012. Interview de l’artiste d’abord puis du galériste.

François Pinçon, photographe

Age13 : Qu’as tu fait depuis Circulation(s) ? As tu eu de bons retours suite au festival ?
François Pinçon : Le festival Circulation(s) a drainé un public nombreux et a bénéficié d’une bonne couverture médiatique. De plus, l’équipe de Fetart a fait un excellent travail de suivi en faisant tourner l’exposition. Mes photos ont été projetées aux Photaumnales de Beauvais et elles seront bientôt exposées dans la région de Grenoble. J’ai aussi exposé la série Courlande intérieure en Belgique à l’occasion des Rencontres Photographiques d’Arlon. La galerie Snoop m’a contacté suite au festival pour me proposer une exposition personnelle pendant un mois. C’est pour moi assez plaisant de pouvoir accrocher des photos inédites de « Courlande intérieure » et aussi d’en montrer quelques unes d’une nouvelle série « Latvian Chromo » que je viens de finaliser. Ce travail, toujours consacré à la Lettonie, a été réalisé en 2010 lors d’un très bel hiver enneigé comme la Lettonie n’en n’avait pas connu depuis vingt-cinq ans. C’est une série un peu plus colorée que « Courlande intérieure ». Pour la galerie Snoop, j’ai d’ailleurs pu faire des tirages grand format sur papier très mat,  plus conformes à l’esprit de la série. J’aime passer du temps sur les tirages, j’y accorde beaucoup d’importance… peut-être une survivance de l’argentique.

Age13 : Comment photographie-t-on le vide ?
F-P : Mon travail sur la « Courlande » n’est surtout pas un travail documentaire même si à force il finit par être très documenté. Je ne prends jamais une photo pour illustrer une réalité. En revanche je me documente souvent beaucoup pour essayer de comprendre ce que j’ai photographié. « Courlande intérieure » est née de la volonté de traduire cette impression tellement   »inéquivalente » que j’ai ressentie lors de mon premier séjour. Ce sentiment que Jean Paul Kauffmann décrit comme « un vide qui n’est jamais un manque ». Décrire le vide et l’absence n’est pas facile avec des mots. Il ne l’est pas forcément plus avec un appareil photo. Heureusement les lumières des hivers nordiques sont très particulières. Elles subliment la banalité du quotidien.

Age13 : Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées dans la réalisation de ta série ?
F-P : Il y a bien sûr le froid qui paralyse les doigts et quelquefois les réactions des lettons qui n’arrivaient pas à comprendre pourquoi j’étais là. Quel intérêt pouvais-je avoir à prendre cet immeuble en photo ? Dans quelques endroits déserts et face à des interlocuteurs ayant quelquefois un peu abusé de la vodka locale, j’ai du souvent faire preuve de diplomatie et d’imagination. Surtout que la barrière de la langue n’arrangeait rien… déjà que j’ai un peu de mal à expliquer mon travail en français ! Mais la principale difficulté que j’ai rencontrée a été de m’en tenir à des thèmes extrêmement communs et quotidiens. Il fallait écarter de l’editing les sujets spectaculaires comme les villes fantômes de l’ex empire soviétique. Irbene ou Skrunda-1 sont des lieux aussi fascinants que photogéniques.  Se promener dans une ville déserte et totalement abandonnée est une expérience marquante, et souvent les photos  en sont plus parlantes. Mais ce n’était pas mon propos.

Christophe Dhaussy, galériste

Age13 : Qu’est-ce qui vous a intéressé dans le travail de François Pinçon ?
Christophe Daussy : Nous avons découvert cette série intitulée Courlande intérieure au festival Circulation(s) de 2011 (encore appelé le Festival de la Jeune Photographie Européenne), qui a lieu chaque année au jardin de Bagatelle (Bois de Boulogne à Paris). Ce travail nous a attiré car les quelques tirages présentés avaient d’indéniables qualités qui se sont confirmées dans le reste de l’œuvre du photographe découverte plus tard dans son atelier, notamment une atmosphère toute particulière qui donne une grande unité de ton à la série, bien qu’elle soit réalisée sur trois années consécutives (2009 à 2011). Ces images sont toutes en nuances de gris, rehaussées çà et là de couleurs improbables, nuances rendues avec beaucoup de subtilité grâce à des grands tirages (50x125cm) extrêmement soignés, sur du papier mat et granuleux.

Ces images sont le témoignage d’une région qui a connu la domination soviétique et qui reste fortement marquée par son passé, où les habitants vivent encore de la débrouille mais n’hésitent pas à peindre en couleurs leur façade d’appartement ou de garage comme pour exprimer une forme d’individualité… la Courlande est, d’après l’artiste, un des rares endroits où l’on peut encore se perdre, où toutes les villes ne sont pas sur les cartes, ce qui confère une grande authenticité à la région qui transparaît dans les images, un sentiment de solitude profond. Et la force de celles-ci résident peut-être dans l’absence remarquable de l’homme, juste évoqué par des indices tels que des antennes paraboliques, des traces dans la neige, ou un bateau sur l’horizon. Ce jeu de cache-cache donne une âme à ces vues de la Courlande, et leur confère une forme de mystère et de magie.

François Pinçon au festival Circulation(s) en 2011.

KissKissBankBank

1 Comment


Trackbacks

  1. Our age is thirteen