Julie Fischer – interview

Lundi, avril 2, 2012 |  by  |  Interviews, Photographie
Julie Fischer - interview

J’ai rencontré Julie Fischer la semaine dernière, mais en réalité, je connaissais son travail depuis plusieurs mois. Exposée aux Rencontres d’Arles, puis à la BnF et au festival Circulation(s) (et entre temps dans plein d’autres lieux, ses photographies prises en Finlande plaisent aux gens. Des paysages étranges, de la neige, des animaux…morts… Le public admire. Et moi, qui suis finlandaise, qui suis sensible aux ambiances qu’elle dépeint, qui connaît le pays…je ne comprenais pas. Je n’arrivais pas à saisir pourquoi le travail de Julie Fischer plaisait autant. Alors, quand j’ai su qu’elle exposait à la MV Gallery, en tout intimité, j’y suis allée : pour comprendre. Nous avons discuté, j’ai posé mes questions, j’ai regardé les images attentivement, en grand format, et j’ai compris.

 

© Julie Fischer

Age13 : Qu’est-ce qu’on apprend à l’école d’Arles (ENSP) ?
Julie Fischer : C’est une très bonne question… Je crois qu’on y apprend ce qu’on a envie d’apprendre. On t’enseigne des bases techniques, mais ce qui est favorisé avant tout, c’est le travail et la démarche personnelle. Les gens qui intègrent l’école viennent d’horizons très différents, et c’est une des grandes richesses de l’école. Bien sûr, beaucoup d’élèves ont un profil Beaux Arts, mais ce n’est absolument pas exclusif. J’ai rencontré plusieurs étudiants qui n’avaient pas un profil artistique.

 

Age13 : Comment s’approprie-t-on l’enseignement de l’école quand on est artiste ?
J-F : En étant autonome. C’est un autre aspect de l’école que j’ai beaucoup apprécié. Quand j’ai intégré l’ENSP, j’avais arrêté mes études : je travaillais depuis 2 ans. Je n’étais donc pas vraiment disposée à avoir des évaluations comme à la fac, etc. Du coup, j’ai aimé la liberté qu’on me donnait. Cela peut se révéler très flippant parce qu’on a des périodes de plusieurs mois où il ne se passe rien, où il faut juste travailler par soi-même.

© Julie Fischer

Age13 : Comment es-tu arrivée à ce travail (Séries : Les passeurs, Suite blanche et Les chevaux du Lac Ladoga) ?
J-F : J’ai eu l’opportunité d’aller en Finlande, à l’université d’Arts et Design de Helsinki grâce à un programme d’échange avec l’ENSP. J’avais déjà très envie de voir le Nord de l’Europe, avant même d’entrer à l’école de Photographie d’Arles, donc j’ai été très heureuse que cette envie se concrétise. Quand je suis arrivée à Helsinki, je n’avais pas du tout de projet précis. Je me suis entièrement livrée à l’environnement. Mais j’ai été confrontée à plusieurs « problèmes ». Je vivais à Helsinki… et moi, en ville… je ne sais pas quoi photographier. J’étais vraiment attirée par les côtes, la mer gelée, les étendues infinies, mais le mètre de neige m’empêchait de me déplacer librement. Je ne pouvais pas louer de voiture, je ne pouvais pas prendre le bus car impossible de s’éloigner de la route… Ma chance, ça a été de rencontrer un homme dont le boulot était de récupérer les corps d’animaux morts pour le compte de l’école vétérinaire de Helsinki. Il faisait régulièrement des road trip pour visiter les fermes isolées dans le sud de la Finlande. Je l’ai accompagné. Cette rencontre m’a permis, d’une part, de photographier ces corps d’animaux, et d’autre part, d’appréhender l’environnement rural de la Finlande en plein hiver, ses paysages immaculés, ce ciel vide, hallucinant…

Age13 : Comment expliques-tu que ton travail ait autant de répercussion ?
J-F : Je me pose la question. Je pense qu’il y a une charge esthétique assez forte, mais pas que… Je crois qu’il y a quelque chose dans mes images que les gens peuvent reconnaître…une dimension archaïque, primitive…

 

Age13 : Tes images feraient écho à un imaginaire collectif ?
J-F : Quelque chose comme ça, oui. Dans mon travail, j’essaye de trouver un juste équilibre entre….

 

Age13 : L’esthétique et le morbide ?
J-F : Non, je ne  propose pas une esthetisation de la mort. Je cherche une manière de photographier les corps qui me permette de partager le sentiment que j’éprouve à leur égard, le sentiment que la mort puisse être un révélateur, une possibilité de contact.

Julie Fischer, photographiée par Our age is thirteen

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