Laurent Villeret | Promenades Photographiques 2012
Laurent Villeret, photographié par Molly Benn
Amoureux du papier, Laurent Villeret présente aux Promenades Photographiques un projet sur lequel il a passé 10 ans : les Héliotropes. 105 polaroïds, qui s’apparentent d’ailleurs à des aquarelles, occupent aujourd’hui le musée de Vendôme. Je retiendrais de cette exposition une profonde quiétude qui se dégageait des images. Un voyage dans le temps, je ne sais pas où je me trouvais, mais je m’y sentais bien.
© Laurent Villeret, Héliotropes #3
Age13 : Comment es-tu devenu photographe ?
Laurent Villeret : Quand j’étais au lycée, je m’intéressais beaucoup au cinéma. Je m’étais d’ailleurs inscrit au ciné-club de ma ville qui tous les mercredi après-midi, animait un atelier-cinéma. Dans le cadre de cet atelier, j’ai assisté à un cours d’initiation au labo noir et blanc. Je ne connaissais rien du tout à la photographie, j’avais 16 ans, et ce fut une révélation. J’ai quasiment laissé tomber l’atelier cinéma pour rester scotché au labo. Ce qui me plaisait avant tout dans la photographie, c’était le tirage, le papier, le révélateur, la magie de l’image qui apparaît dans le bac. Au début, je n’avais même pas d’appareil photo. Je tirais les photos des copains. Évidemment, à mon anniversaire suivant, on m’a offert un appareil et là j’ai vraiment commencé à photographier.
Après mon bac, au moment où il fallait choisir des études, tout le monde me conseillait de me lancer dans la photo. Mais à l’époque, je ne voulais pas mélanger mon jardin secret avec des problèmes de ressources financières. J’avais choisi de faire des études scientifiques, qui, au bout de deux mois, m’ont bien ennuyées. Je me suis alors présenté pour entrer à Louis Lumière, et j’ai été accepté. Je suis donc vite devenu photographe puisque c’était ma formation.
© Laurent Villeret, Les Héliotropes #1
En sortant de Louis Lumière, je suis tombé sur un annonce qui cherchait un photographe à Charjah, à côté de Dubai, aux Émirats Arabes Unis. Je ne savais même pas où ça se trouvait sur la carte, mais j’avais envie de voyager. Pendant deux ans, j’ai été photographe aérien. Mes photos servaient pour cartographier le territoire. J’ai parcouru l’Afrique et le Moyen-Orient, accompagné de cartographes et de géographes, dans un petit avion à hélices, et c’était véritablement une très belle expérience. Au bout de deux ans, j’ai démissionné. J’adorais mon boulot, mais je n’aimais pas vivre aux Émirats Arabes Unis. Je suis rentré en France et je me suis mis à mon compte en tant que photographe. Le statut d’indépendant n’était pas évident à assumer. Alors, pour me rassurer, j’enseignais aussi la photographie au lycée. Je menais de front mon activité de photographe indépendant et l’enseignement, que j’adorais. Aujourd’hui, je suis photographe à plein temps, je travaille essentiellement pour la presse, je fais des portraits, et je travaille aussi pour les entreprises…parce qu’il faut bien vivre ! Quant à mon travail personnel, il est exposé dans des galeries ou dans des festivals.
© Laurent Villeret, Les Héliotropes #2
Age13 : Qu’est-ce que l’école Louis Lumière t’as apporté ?
L-V : Dans les écoles, ce qui est magique, c’est le fait d’intégrer un réseau. J’aimais la photographie, j’en faisais dans mon coin, je venais de Creil dans l’Oise : je restais dans un circuit fermé. En entrant à Louis Lumière, j’ai rencontré des gens passionnés de photographie, venant d’horizons très différents. Les professeurs m’ont enseigné beaucoup de techniques – Louis Lumière est une école très technique – mais ils m’ont aussi apporté une grande culture générale de la photographie. C’est important de savoir ce qui se fait pour pouvoir positionner son travail personnel. Aussi, à Louis Lumière, contrairement à certaines écoles, les enseignants ne se contentaient pas de nous inculquer quelques recettes pour faire très vite de belles photos. Ils nous ont vraiment proposé tout ce qui existait, et c’était à nous de se débrouiller avec.
© Laurent Villeret, Les Héliotropes #3
Age13 : Comment est-ce que tu concilies ton travail de commandes et ton travail personnel ?
L-V : Très bonne question ! C’est un peu le nerf de la guerre pour beaucoup d’entre nous. Souvent, au départ, on a beaucoup de temps parce que l’on débute et que l’on a pas encore beaucoup de commandes. Mais on a n’a pas beaucoup d’argent non plus. Alors, on réalise des travaux personnels afin de se constituer un portfolio que l’on peut ensuite présenter à des clients potentiels. Puis, un jour, on a beaucoup de commandes, on a de l’argent, mais là on n’a plus le temps de se consacrer à ses productions personnelles. C’est extrêmement difficile de trouver un équilibre entre les deux. De plus, vu qu’on est dans un métier où l’avenir est incertain, quand on a du temps, plutôt que de se lancer dans des travaux plus personnels, on préfère continuer à démarcher des clients. On est dans un cercle vicieux et on a beaucoup de mal à avancer sur les deux fronts. Je pense qu’après une certaine expérience, on devient plus confiant en l’avenir et on s’autorise plus facilement des périodes de pause pour travailler sur des sujets personnels. J’avais un professeur à Louis Lumière qui nous disait que pour devenir photographe, il fallait travailler 18h par jour. Nous, à l’époque, on ne la croyait pas. Mais maintenant, 12 ans après être sorti de l’école, je peux le dire : oui, elle a raison.
© Laurent Villeret, Les Héliotropes #3
Age13 : Tu travailles sur tes Héliotropes depuis maintenant 10 ans. Comment ça se fait que ce projet prenne la lumière maintenant ?
L-V : J’en suis probablement le premier responsable puisque mon gros défaut, c’est le manque de communication. Naïvement je pensais qu’en ayant mon site internet, tout le monde irait le voir…mais en fait non, ça ne marche pas comme ça.
Il y a 10 ans, j’avais montré les débuts de ce projet au OFF des Chroniques Nomades de Honfleur. Un de mes collègues m’avait encouragé à continuer. Une production photographique, ça se mûrit, ça prend de la valeur dans le temps, comme le bon vin. Plus on passe de temps sur un sujet, plus il prend de la profondeur. Je pense que c’est ce qu’il se passe pour mes Héliotropes depuis 2 ans. J’y ai passé 10 ans, j’ai plusieurs séries. Les galeries et les festivals s’aperçoivent que l’on peut regrouper ces séries, et ça fait beaucoup de matière.
Age13 : Quel conseil donnerais-tu à un jeune photographe ?
L-V : D’avoir les reins solides et de s’éclater. Il ne faut pas essayer de plaire aux autres, il faut développer ce qu’on a envie de faire. Il faut se nourrir d’images. Approfondir son travail.














