Sue Élie Andrade Dé, photographe et…

Mercredi, mai 16, 2012 |  by  |  Interviews, Photographie
Sue Élie Andrade Dé, photographe et...

J’ai découvert le travail de Sue Élie Andrade Dé à l’époque où je travaillais à au magazine Photographie.com. Elle avait présenté le travail Mexico 70 et j’ai tout de suite apprécié cette poésie qui se dégage de ses séries. Diplômée de l’ENSP (École Nationale Supérieure de Photographie) et issue d’une formation universitaire,  elle multiplie les projets et les expérimentations, mêlant tout type de média, tout en restant fidèle à cette douceur qui lui est propre.

Triptyque extrait de la série Mexico 70, 2012, © Sue Élie Andrade Dé

Age13 : Qu’est-ce que l’université t’as apporté dans ta formation artistique d’une part, et qu’est-ce que l’école d’Arles t’as apporté d’autre part ?
Sue Élie Andrade Dé : Ma licence d’Arts Plastiques à la Sorbonne m’a tout d’abord permis de toucher un peu à tout avant de préciser mes intérêts artistiques et de trouver quel médium correspondait le mieux à ma pratique. J’ai toujours été attirée par la multiplicité de disciplines qu’offre le monde de l’Art, et à l’Université on peut vraiment tout expérimenter : la peinture, la sculpture, le dessin, l’installation, la performance, la photographie, etc.
Cette pluridisciplinarité se retrouve aujourd’hui dans mon travail. J’aime expérimenter de nouveaux médiums comme les nouvelles technologies et la vidéo et ainsi travailler l’image sous toutes ses formes, de manière fixe ou animée, au mur ou sous forme d’installations, c’est une grande liberté pour moi.
Ensuite, ce sont les cours d’Esthétique et d’Histoire de l’Art qui ont eu une place importante dans ma formation de jeune artiste. L’enseignement artistique universitaire s’appuie beaucoup sur la théorie, et celle-ci est fréquemment considérée, à tort, comme plus importante que les qualités plastiques de l’œuvre d’un jeune artiste qui parfois s’exprime mal, malgré lui, sur son propre travail.
Enfin, l’université m’a surtout donné la chance de rencontrer la photographie par le biais d’excellents professeurs et artistes comme Sandrine Mahieu, Elisa Fuksa-Anselme et Cécile Liance-Talec. Elles m’ont permis d’accéder de la meilleure manière à la photographie et m’ont poussée à acquérir les bases techniques et théoriques nécessaires à la bonne préparation du concours de l’école d’Arles. C’est d’ailleurs grâce à elles que j’ai appris qu’il existait une école de photographie publique en France, l’ENSP.

 

Image extraite de la série Mexico 70, 2010 © Sue Élie Andrade Dé

Lorsque je suis entrée à l’école d’Arles, je ne faisais des photos que depuis un an et demi. J’avais tout à apprendre ! Dans un premier temps, j’ai appris les techniques de développement et de tirage argentique, la maîtrise des différents formats argentiques et numériques, la prise de vue en studio, et puis également les techniques de numérisation et d’impression grand format. J’ai aussi  expérimenté la prise son et vidéo. Dans un deuxième temps, la pratique de chaque étudiants s’accompagne d’un apport théorique via des cours magistraux, des rendez-vous avec les professeurs et de nombreuses conférences qui permettent de mettre en perspective notre travail et aussi de faire de belles rencontres comme Jean-Christophe Bailly par exemple, Jeffrey Silverthorne et Hugues de Wurstemberger, et tant d’autres qui m’ont marquée.  Enfin, et c’est une part très importante selon moi, j’y ai appris à mener à bien des projets personnels, à parler de mon travail face à un public, à le mettre au mur sous la forme juste et « last but not least » à mettre en page mes images dans le but de créer mes propres livres photographiques.
C’est une véritable expérience existentielle que d’être trois ans confinée entre 75 autres aspirants photographes. J’ai évolué avec eux, et certains d’entres eux, aujourd’hui encore, m’aident à avancer par leurs regards critiques et leurs conseils précieux (ils se reconnaîtront).

 

Shiva, image accompagnant l’installation interactive Yuj, 2011, © Sue Élie Andrade Dé

Age13 : Observes-tu une évolution dans ta manière de considérer l’image depuis que tu as quitté l’école d’Arles ?
S-E-A-D : Bien entendu. Cependant, je ne crois pas que cela soit lié au fait d’être sortie de l’ENSP. Je pense que notre manière de voir le monde évolue avec le temps que l’on soit ou non photographe.  Il n’y a qu’à observer les nouvelles technologies, en même temps qu’elles ont ouvert un accès infiniment boulimique sur l’image celles-ci ont créées une brèche dans la considération de son authenticité. Je suis assez prudente sur cette question mais André Rouillé en parle d’ailleurs très bien dans un article paru récemment sur Parisart.com intitulé la Dérive des documents.
Pour moi la photographie est avant tout intrinsèquement liée à la poésie et je pense que cette manière de considérer l’image photographique restera immuable pour ma part.

Age13 : Que recherches-tu à travers la photographie ? Pourquoi photographies-tu ?
S-E-A-D : Je cherche à créer des rencontres, à poser des questions, à définir une certaine forme de beauté.
Je crois qu’il n’y a pas de raison précise pour laquelle je photographie comme il n’y a pas de raison précise pour respirer, c’est devenu un automatisme. Parfois je photographie tout, tout le temps et parfois je ne touche pas à un appareil pendant des semaines, je crois que ce sont les lieux que je traverse, les gens que je rencontre, les situations de la vie qui me font prendre mon appareil et photographier.

 

Sans titre de la série Environnements Hostiles, 2012 © Sue Élie Andrade Dé

Age13 : Comment tu t’en sors depuis ton diplôme ?
S-E-A-D : Après mon diplôme j’ai eu la chance d’obtenir une bourse grâce à l’ENSP pour partir 3 mois en résidence artistique au Brésil. J’y ai développé plusieurs projets et notamment deux séries Córrego Segredo qui était exposée au festival ManifestO en septembre dernier – où j’ai rencontré notamment Claire Laude du collectif Exposure 12, Michel Le Belhomme et Emile Loreaux avec qui je participe à une projection cet été à Berlin intitulée THE FLOOD WALL  (allez-y, la sélection est remarquable), et la série Mexico 70 sélectionnée pour la Bourse du Talent#48, un travail sur la plus grande Favela du littoral de São Paulo juxtaposant prises de vue argentique sur le terrain et captures d’écran via Google street view.
C’est évident, après trois ans à Arles on redoute tous notre sortie de l’école, mais je dois dire qu’avec cette résidence, la fin d’une étape s’est vite transformée en un nouveau départ.
Ensuite j’ai eu la chance et l’immense plaisir de travailler aux côtés de la photographe Manuela Marques qui m’a beaucoup appris par sa rigueur et la qualité de son travail. Je lui suis très reconnaissante.
Maintenant, je vis à Amsterdam où je poursuis mes recherches artistiques avec toujours plus d’engouement. La photographie après l’école d’Arles c’est beaucoup de travail, d’investissement personnel et de persévérance. Rien ne nous tombe tout cuit dans la main, et venir de l’ENSP n’est pas toujours une bonne carte de visite (et oui!), il faut compter sur soi, et surtout sur son travail.
Sortir de l’école m’a permise de faire mes premiers pas en tant qu’artiste indépendante, d’être exposée avec de réelles conditions (ou pas…) et de créer mes propres projets comme le collectif pluridisciplinaire ●comme un et ses éditions Plisanlits.

En ce qui concerne les opportunités à la sortie, il en existe, en effet j’ai récemment été sélectionnée pour participer à la “Reflexion Masterclass” 2012-2014 qui accueille des artistes du monde entier sous la direction artistique de Giorgia Fiorio et Gabriel Bauret et développe un programme autour de l’évolution de la représentation visuelle et de la photographie contemporaine. Quoi de mieux pour une artiste transdisciplinaire comme moi que de pouvoir questionner l’évolution de l’image photographique aux côtés d’autres artistes. Je pars donc en juin pour le premier séminaire qui se tiendra à Venise où j’aurai l’immense plaisir de rencontrer Sarah Moon et Francisco Jarauta.

Sans titre de la série A flor da pele, 2012 © Sue Élie Andrade Dé

Age13 : Quel avenir souhaites-tu à la photographie ?
S-E-A-D : Hmmm What’s next? dirait le FOAM
Je souhaite un bel avenir à la photographie avec de plus en plus d’aides consacrées à la recherche photographique et à la création, avec une avancée encore plus vaste dans les techniques d’impression, de diffusion et d’exposition, et avec un regain d’enthousiasme pour les pratiques argentiques comme l’ont déjà amorcé le retour du Polaroid avec IMPOSSIBLE et la Lomographie. J’espère également qu’un intérêt plus grand sera consacré aux oeuvres dites « inclassables » mêlant photographie et nouveaux médias, et pourquoi pas que des concours spécifiques verront le jour.
Bref, je lui souhaite longue vie, un avenir prospère et riche en évènements!

Site : www.sueelieandradede.com

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