Raphaëlle Brui Boccaccio : iconographe

Vendredi, septembre 7, 2012 |  by  |  Carrières, Photographie

La rubrique Carrières a pour objectif de vous faire découvrir divers métiers, à travers les mots de professionnels. Aujourd’hui, c’est le métier d’iconographe que je souhaite vous présenter. Moi-même, je ne savais pas très bien en quoi consistait ce métier avant de rencontrer Raphaëlle Brui Boccaccio. Iconographe depuis plusieurs années après avoir été photographe pendant 15 ans, elle fait notamment partie de l’Association Nationale des Iconographes. Rencontre.

Age13 : Qu’est-ce qu’un iconographe ?
Raphaëlle Brui Boccaccio : « Iconographe », étymologiquement, désigne quelqu’un qui écrit avec l’image. Donc à mon  sens, un iconographe c’est quelqu’un qui sera capable d’interpréter n’importe quoi avec du visuel.

Age13 : Comment es-tu arrivée à ce métier ?
R-B-B : J’ai commencé le métier d’iconographe après avoir été photographe pendant 15 ans. J’écrivais là aussi avec l’image, mais je n’avais que ma propre écriture. J’écrivais avec l’image, mais en fait, je n’avais pas besoin d’écrire. J’avais seulement besoin d’interpréter quelque chose. L’iconographie doit transmettre un concept, une notion à travers l’image qu’il choisit. Alors que toi, en tant que photographe, tu es très limité. Tu as ton style, ton appareil photo, ta lumière, tes yeux… Tu fais ton truc et finalement tu n’as pas beaucoup de libertés. Tu es contraint dans une écriture, dans une langue. L’iconographe, lui, est polyglotte. Il y a des photos que j’ai rêvé de faire pendant 15 ans. Aujourd’hui, je trouve le photographe qui correspond au style d’image que je veux, je le brief, il part faire son travail, les photos reviennent…et souvent elles sont nickels. Et moi, j’aurais pu passer encore 15 ans de plus à essayer de faire ces photos et je n’y arriverais toujours pas.
Quand je me suis lancée dans l’iconographie, on m’a tout de suite dit : « Attention ! Les photographes qui deviennent iconographes, c’est des frustrés, ils raccrochent presque tous ! » Et moi, au contraire, depuis que je suis devenue iconographe, je m’épanouis beaucoup plus que quand j’étais photographe. Je me sens plus libre.

Age13 : À quoi ressemble ta journée de travail ?
R-B-B : Tout dépend dans quel contexte l’iconographe est mandaté. Je suis free-lance, donc je voyage entre rédactions, agences et le monde de l’édition. Un iconographe classique de presse se voit confier les papiers de journalistes, et il doit trouver le meilleur visuel approprié pour l’article. Ensuite, deux possibilités s’offrent à lui, et elles dépendent du budget qu’il dispose : soit il a les fonds pour faire une production et il doit trouver le photographe le plus apte à interpréter ce texte écrit par un journaliste, soit il a accès à des photothèques, banque d’images et où il doit choisir son image. L’iconographe, c’est un peu le Sherlock Holmes de la bonne image.

Age13 : Quelles sont les qualités d’un iconographe ?
R-B-B : Patience ! Acharnement ! Passion ! La curiosité ! Tu n’as jamais fini de regarder, de chercher… Tu croyais avoir trouvé, et en fait ça va pas du tout, donc c’est reparti. Tu fouilles parmi plusieurs milliers d’images. Souvent, tu te rend compte que tu as vu une image intéressante, mais seulement 3 ou 4 pages plus tard. La mémoire visuelle, c’est quelque chose de vraiment magique. On la travaille chacun de manière différente et moi, j’ai vraiment cette capacité à photographier des images, des histoires, des évènements, des sensations… J’enregistre tout ça en image beaucoup plus qu’avec des mots, des noms ou des dates.
Bon, ensuite, il faut d’autres qualités. Il faut avoir une bonne orthographe, être rigoureux, concentré. Tu ne peux pas te permettre de suggérer une photo bof. Ce qui est le plus regardé sur les supports, c’est les images. Et je suis convaincue qu’avec internet, ça va être de plus en plus le cas. La photographie va prendre encore plus d’importance. On a jamais été autant dans l’univers du visuel et de la photographie.

Age13 : Quelle est la différence entre un rédacteur photo et un iconographe ?
R-B-B : Le mot « iconographe » est un terme générique qui englobe le rédacteur photo dans la presse, l’éditeur d’images pour le web, l’acheteur d’art dans le corporate…

Age13 : Quelle formation as-tu faite pour devenir iconographe ?
R-B-B : J’ai fait un bac langues et arts. Je suis ensuite partie en arts du spectacle. À côté de ça, je suis devenue photographe sur le tas. J’ai commencé à l’âge de 16 ans. J’ai d’abord été modèle, puis assistante et enfin photographe free-lance. J’ai financé mes études grâce à mon activité de photographe. Grâce à ce métier, j’ai voyagé dans plein de domaines professionnels : sur des tournages, dans le théâtre, dans la communication… Je suis devenu iconographe parce que j’ai bêtement cru que c’était le moment pour moi de poser mes bagages. Je n’arrivais plus à trouver à mon compte en tant que photographe. En plus, j’ai passé deux fois le concours de photojournaliste à l’EMI-CFD et je l’ai pas eu. Puis j’ai passé le concours en iconographie et j’ai été prise tout de suite. Alors, pourquoi pas ?

Age13 : Et donc tu es heureuse depuis ?
R-B-B : Très heureuse ! C’est une des meilleurs choses qui me soit arrivées dans ces dix dernières années. Ce métier est la fusion parfaite de toutes mes expériences. Je m’y retrouve dans le relationnel, l’accompagnement, la recherche, l’interprétation, la sensibilité, la transmission… J’ai vraiment mis le doigt sur un truc qui me correspondait. C’est la rencontre de ma vie ce boulot là. Je me suis mariée avec l’iconographie !

Age13 : Qu’est-ce que tu conseillerais à quelqu’un qui voudrait devenir iconographe ?
R-B-B : Je pense qu’il faut rester à l’écoute de soi même. Évidemment, ce n’est pas un métier où tu as la garantie sûre d’avoir un job qui te fera gagner beaucoup d’argent. Mais en même temps, si t’avais voulu gagner beaucoup d’argent, tu serais devenu banquier, avocat ou médecin. Donc si tu te lance là dedans, assume et fonce !

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