Colin Delfosse, Out of Focus

Mardi, septembre 11, 2012 |  by  |  Interviews, Photographie
Colin Delfosse, Out of Focus

Colin Delfosse est arrivé à Perpignan en tongs. L’image que vous voyez ci-dessus, a été prise 5mn avant l’interview. Il ne savait pas que je le photographiais. Et je pense que c’est un peu à cause de cette image que je lui ai demandé une interview.
Colin Delfosse vit en Belgique et fait partie du collectif Out of Focus. Récompensé par de nombreux prix, il trace doucement mais sûrement son chemin dans le milieu de la photographie.

Age13 : Pourquoi as- commencé à faire des photographies ?
Colin Delfosse : Et bien, c’est très simple. J’étais à l’université, en journalisme, et j’ai du faire un travail de fin d’études, en choisissant un média : la vidéo, le son ou bien la photographie. J’ai choisi la photographie et c’est ainsi que ça a commencé. Je suis parti au Vietnam et j’ai fait un reportage sur le renouveau économique vietnamien.

Age13 : Ensuite, comment s’est déroulé ton parcours ?
C-D : La même année, je suis allé à Visa pour l’Image, à Perpignan, avec une amie. On s’était installé au camping, à l’arrache, on a visité les expositions, on était vraiment emballé. Quand on est revenu à Bruxelles, on a décidé de créer le collectif Out of Focus avec deux autres photographes. On avait aucune idée de ce qu’était le monde de la photographie, on avait jamais étudié l’histoire de la photographie non plus, on ne savait pas faire un devis, comment vendre une image. On a tout construit sur le tas. En découvrant des expositions, on s’est construit notre culture photographique et petit à petit, on a sur vers quel type d’images on voulait aller. On ne s’est pas construit en antithèse de Visa pour l’Image, mais plutôt en parallèle. On n’a pas voulu rester dans le photojournalisme pur et dur. On voulait trouver notre propre voie…comme tous les photographes en fait.

 

© Colin Delfosse, Polygones : héritage soviétique au Kazakhstan

Age13 : Beaucoup de photojournalistes viennent à Visa pour l’Image pour « voir ce qui se fait ». Pas vous donc. 
C-D : Je crois que ce qui se fait à Perpignan n’est pas du tout représentatif de ce qui se fait dans le monde du photojournalisme. À Visa pour l’Image, on regarde le point de vue de Jean-François Leroy sur le photojournalisme. Récemment, j’ai été au photo festival de Hanovre et j’ai pu y admirer de nouvelles formes d’écritures photographiques. Je viens à Visa pour la 7ème année consécutive, et j’y vois toujours le même type de narration, le même type d’histoires. Il y a des choses qui sont très bien faites, et c’est d’ailleurs pour cela qu’on continue de venir, mais parfois c’est un peu lassant. On a envie de voir d’autres choses.

Age13 : Pourquoi viens tu à Visa pour l’Image ?
C-D : Je viens à Visa d’abord pour voir mes amis, entretenir mon petit réseau…finalement c’est comme cela que ça fonctionne, comme dans tous les métiers. Je viens pour voir les expositions et les projections. Avoir du soleil. D’ailleurs, les projections sont souvent plus intéressantes que les expos. Elles sont plus diversifiées.
Enfin, on descend presque toujours avec tout le collectif, pour faire bouger cet esprit collectif.

© Colin Delfosse, Polygones : héritage soviétique au Kazakhstan

Age13 : Pourquoi as-tu créé un collectif ?
C-D : Pour échanger des idées. C’est très important de pouvoir échanger sur son métier. On peut ainsi avoir un point de vue plus large sur notre travail. Dans notre collectif, nous avons des personnalités très diverses et c’est pas toujours facile. Mais la richesse d’un collectif vient de là. Après, les collectifs sont critiqués pour beaucoup de raisons. Il paraît que ce n’est pas viable économiquement. On pourrait donc se dire qu’il n’a pas de raisons d’être. Bien au contraire, être en groupe permet de ne pas laisser tomber, au moins dans les premières années.

Age13 : Tu dis que vous vous êtes construit « en parallèle » de Visa pour l’Image. Quelle est votre identité photographique ?
C-D : Le nom du collectif « Out of Focus » le dit assez bien. Out of Focus raconte des histoires qui ne sont pas ou peu diffusée dans les média, et diffuse ces histoires de manière différente. En Belgique, on a fait beaucoup de projections, d’expositions à ciel ouvert, bref des choses qui sont économiquement pas du tout rentable…mais soit ! On veut vraiment travailler sur des sujets plus en profondeur, plutôt que de s’arrêter à la galvanisation que procure une guerre en Irak ou en Afghanistan.

 

© Colin Delfosse, Polygones : héritage soviétique au Kazakhstan

Age13 : Quand est-ce que tu t’es senti photographe pour la première fois ?
C-D : Je me suis toujours senti photographe, mais j’ai eu beaucoup d’épisodes où je me retournais pour regarder le travail que j’avais accompli, et je me disais souvent : « Tout ce que j’ai fait jusqu’ici c’est de la merde, c’est que maintenant que je commence à faire de bonnes images ».
Je crois que j’ai commencé à me sentir photographe quand j’ai commencé à retravailler l’argentique et refaire du moyen format. Je me suis repensé en tant que photographe. Je me suis demandé ce qu’était mon métier, quel message je véhiculais à travers mes images. Et là, je suis passé d’une photographie instinctive et journalistique à quelque chose de plus réfléchi. C’est à ce moment là que j’ai vraiment monté mes reportages et mes histoires avec des intentions précises…et c’était il n’y a pas si longtemps. Deux ou trois ans.

Age13 : Pourquoi n’as-tu pas abandonné ?
C-D : La reconnaissance d’abord. Gagner un prix par ci et par là m’a beaucoup aidé. Et puis quand tu commences, c’est très difficile de s’arrêter. Ce métier est passionnant. Se balader à travers le monde avec un appareil photo, et vivre de cette activité…c’est magique !

© Colin Delfosse, Catcheurs congolais

© Colin Delfosse, Catcheurs congolais

© Colin Delfosse, Catcheurs congolais

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