Élodie Sueur-Monsenert photographie l’intime

Vendredi, juin 15, 2012 |  by  |  Interviews, Photographie
Élodie Sueur-Monsenert photographie l'intime

Élodie Sueur Monsenert (site : elodiesueur-monsenert.com) est aujourd’hui photographer reporter, après être passé par le droit, le théâtre et le scénario. Membre du collectif Essenci’Elles (un collectif qui veut mettre en valeur les femmes dans leur diversité), elle est l’auteure d’une série photographique et d’une petite œuvre multimédia : « Chloé prend le large ». Élodie a suivi pendant un an et demi cette jeune femme, Chloé, dans le travail d’acceptation de son corps. Comment mène-t-on un reportage qui plonge si loin dans l’intime ? Interview.

© Elodie Sueur Monsenert

Age13 : Comment as-tu commencé le projet « Chloé prend le large » ?
Élodie Sueur-Monsenert : J’ai rencontré Chloé sur le tournage d’un film. Elle était très mince, elle devait faire une taille 36. Elle avait l’air d’aller bien. Puis je l’ai re-croisée 6 mois plus tard sur la fête de fin de tournage, et j’ai remarqué qu’elle avait pris beaucoup de poids. Je lui ai demandé ce qui s’était passé. Elle m’a confié qu’elle n’en pouvait plus d’être au régime, elle n’en pouvait plus de se battre pour continuer à rentrer dans une taille 36. Elle était au régime depuis des années et elle commençait à se dire que ça n’était pas normal de lutter autant contre soi-même. Elle a donc décidé d’arrêter les régimes, et elle avait naturellement repris du poids. J’ai trouvé son histoire très intéressante et je me suis aperçu que beaucoup de femmes avaient le même problème. J’ai donc essayé de comprendre pourquoi les femmes ont tant de mal à s’accepter dans notre société occidentale.

© Elodie Sueur-Monsenert

J’ai proposé à Chloé de la suivre dans son travail d’acceptation de son corps. Parallèlement, j’ai aussi interrogé d’autres femmes. Je me suis aperçue que beaucoup de femmes, comme Chloé, ne savaient pas définir ce qu’est un corps de femme. Elles n’avaient pas eu les éléments nécessaires pour s’identifier à un corps de femme. Elles n’avaient comme référent que les magazines ou la publicité qui ne reflétaient pas du tout des corps naturels.

Age13 : Comment s’est construit la relation entre Chloé et toi ?
É-S-M : Chloé m’a vraiment ouvert les portes de son intimité. J’ai passé beaucoup de temps avec elle. J’allais la voir deux à trois fois par semaine. Je ne prenais pas forcément des photos systématiquement. On a aussi beaucoup échangé, beaucoup parlé. Tout s’est fait petit à petit, dans un échange très fort. Je crois que Chloé avait envie que ça serve à d’autres femmes. On a créé une sorte de laboratoire où l’on cherchait des réponses aux questions que l’on soulevait.

© Elodie Sueur-Monsenert

Age13 : Qu’est-ce qui est le plus compliqué dans la réalisation d’un reportage ?
É-S-M : Au début, j’avais du mal à m’autoriser certaines photos, que je trouvais très intimes, alors qu’il n’y aurait eu aucun problème pour Chloé. Je me mettait des barrières. Je ne savais pas encore jusqu’où je pouvais aller. Si je re-faisais ce reportage aujourd’hui, j’irais beaucoup plus vite dans l’intimité.

Chloé prend le large… from Elodie Sueur-Monsenert on Vimeo.

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2 Comments


  1. Merci, merci et encore merci….

  2. lilifahrenheit

    Bravo! courageuse danseuse avec les loups!