Peter Lewis, pour une poignée de dollars

Samedi, septembre 1, 2012 |  by  |  Film, Interviews
Peter Lewis, pour une poignée de dollars

The Camera est le premier court-métrage réalisé par le jeune designer américain Peter Lewis. Oeuvre sur la disparition et l’apparition, il met en scène une jeune femme dans sa recherche d’un être invisible.

Age13 : Comment le projet de The Camera a-t-il commencé ?
Peter Lewis
: Plus jeune, j’ai réalisé plusieurs vidéos inachevées avec un de mes amis. Elles se résumaient plus ou moins à des jeux dans les bois, des courses poursuites avec des pistolets en plastique, mais malgré tout, j’ai adoré le processus de planification, de tournage, de montage. Je me suis toujours demandé pourquoi je n’avais pas fait autre chose de ces vidéos par la suite. Il faut dire que la réalisation réunit plusieurs des formes d’arts qui m’intéressent particulièrement : la musique, la photographie, le sound design…

Finalement, j’en suis venu à lire « Making Ideas Happen », de Scott Belsky. Il y explique que le problème de la communauté artistique n’est pas tant le manque d’idées que le manque de suivi. J’ai compris que la peur était mon principal frein : j’avais peur de l’échec, de perdre mon temps, peur que mon film ne plaise à personne. En y réfléchissant, j’ai compris que la peur n’était pas une raison suffisante pour m’empêcher d’essayer. Je n’avais rien à perdre, sinon mon orgueil.  Même en cas d’échec, j’apprendrais beaucoup de cette expérience. Alors, j’ai décidé de réaliser le film.

À partir de là, j’ai commencé à travailler sur l’intrigue, en essayant de transformer mes faiblesses en atouts. Par exemple, comme je manquais de temps, j’ai décidé de tourner pendant les vacances, à la maison de vacances de mes parents. Je n’avais pas d’équipement audio, donc j’ai opté pour une histoire qui ne nécessitait aucun dialogue. Je ne possédais ni matériel pour l’éclairage, ni même l’expérience nécessaire pour pouvoir l’utiliser, alors j’ai choisi d’utiliser exclusivement une lumière naturelle, et de tourner aux heures de la journée où la lumière est la plus belle.

Age13 : C’est un film à petit budget, 50 dollars, et si je ne me trompe pas les acteurs sont ton frère et ta sœur. Comment s’est déroulé le tournage ? Est-ce que le résultat correspond à tes attentes ?
P-L
: C’est ça : les 50 dollars ont couvert la pellicule Polaroïd, laquelle avait déjà été abandonnée à l’époque. Je ne pouvais l’acheter qu’à une société européenne qui avait repris le stock restant d’une ancienne usine Polaroïd. Dépenser beaucoup d’argent ne me semblait pas nécessaire : le plus important était de savoir si j’aimais travailler sur ce projet, si j’allais m’avérer doué dans mon travail, et si j’étais capable de créer quelque chose qui plairait aux autres.

Dans l’ensemble, le tournage s’est très bien déroulé. Nous avons passé une semaine sur place (puisque la maison est notre maison de vacances) : nous avons donc bénéficié de tout le temps nécessaire, et j’ai pu filmer tout ce dont j’avais besoin. Et puis, mon frère et ma sœur (les acteurs) ont été très prodigues de leur temps. En général, j’ai obtenu ce que je désirais voir à l’écran. Bien sûr, il y a toujours ces plans que l’on voudrait avoir une fois qu’on a commencé le montage, mais j’avais assez de matière pour faire fonctionner le tout.

Age13 :  Tu es designer, mais tu as composé la musique du film et centré l’intrigue autour de la photographie. Est-ce que tu dirais que tout est lié ?
P-L : Oui, et c’est aussi pour ça que j’aime tourner. Bien sûr, je n’ai pas pu bénéficier d’une expérience de première main, au contact de professionnels, puisque j’ai travaillé tout seul : la prochaine fois, j’aimerais vraiment collaborer avec une équipe. Par contre, j’ai pu profiter des conseils de quelques amis, de collègues réalisateurs qui en savent plus que moi sur divers aspects de la production. D’un autre côté, je pense que tout faire moi-même a conféré au film une certaine harmonie, une certaine unité, puisque j’ai pu reprendre chaque plan et que je savais exactement comment je voulais les utiliser.

Age13 :  À l’avenir, penses-tu vouloir travailler sur des projets plus importants ? Ou est-ce que tu préfères ce genre de film indépendant, à petit budget ?
P-L : J’adorerais avoir l’occasion de travailler sur un projet de plus grande ampleur – pas parce qu’il serait important en soi, mais pour avoir la chance de progresser au contact d’experts, et aussi pour pouvoir m’investir dans quelque chose de plus long et de plus ambitieux. Ce serait génial d’en faire quelque chose de lucratif – et qui sait, peut-être même un job à plein temps.

Age13 : As-tu un conseil à donner aux jeunes réalisateurs, ou à ceux qui, comme toi, veulent faire un film sans équipe et sans budget ?
P-L : En me basant seulement sur mon expérience – et je suis novice en la matière -, je peux dire que j’ai appris quelques leçons essentielles : premièrement, il faut réaliser quelque chose qui te ressemble. Comme un ami me l’a très justement dit : n’essaie pas d’être le prochain ____. Sois le prochain toi. Comment peux-tu définir ton originalité? Quel genre de film pourrais-tu réaliser, en prenant compte de tes ressources, de tes capacités ? Quel genre de film voudrais-tu voir sur les écrans ? À toi de réaliser ce film.

Deuxièmement, utilise tes désavantages à bon escient, et transforme les en atouts. Regretter de n’avoir un meilleur équipement ou de plus beaux décors est une perte de temps. Si on les aborde justement, les limites stimulent la créativité. Restreins tes projets et tes attentes aux limites de tes possibilités. Par exemple, si tu ne possèdes qu’un portable avec une caméra, n’attends pas de pouvoir acheter une caméra plus chère : construis plutôt ton projet autour de cette difficulté. Tu peux écrire une intrigue passionnante, qui ne ferait sens qu’à travers le prisme d’un téléphone portable. Ne laisse pas tes faiblesses te décourager ou t’empêcher de poursuivre ton projet.

Enfin, lorsque ton film est terminé, ne t’attends pas à ce que les gens le découvrent au hasard : c’est plutôt rare. Cherche plutôt des personnes qui pourraient s’avérer sincèrement intéressées par ton travail – à cause de l’histoire, ou de la réalisation, etc.… -, et écris leur. Tu peux argumenter, expliquer pourquoi ton film pourrait leur plaire. En prenant le temps de comprendre ce qui était important aux yeux de certains bloggeurs et programmateurs, en leur expliquant en quoi mon film pourrait les concerner, j’ai obtenu une véritable ouverture.

 Merci à Pauline Jaccon pour la traduction.

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