Benoît Grimalt knows Syd Barrett

Mercredi, janvier 30, 2013 |  by  |  Photographie, Portraits

Benoît Grimalt est un photographe hors du commun. Son style drôle, ironique et toujours pertinent est sans équivoque. Il est inclassable. Ses livres 16 photos que je n’ai pas prises et Do you know Syd Barrett ? sont de véritables œuvres d’art. Ses séries sur Cannes sont hilarantes. Je suis une grand fan.

Auteur de plusieurs livres photographiques, d’un documentaire, il tient aussi un blog de courts films. Rencontre.

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© Benoît Grimalt 

Age13 : Pourquoi es-tu photographe ?
Benoît Grimalt : Je voulais être réalisateur. Mais pour faire des films, il faut travailler en équipe, et moi, je préfère travailler seul. Alors j’ai fait une école de photo : les Gobelins. J’aimais ce côté bricolage qu’il y a dans la photo de studio. Mais je ne voulais pas rester enfermé dans une pièce, alors je suis sorti pour prendre des gens en photo. Et depuis que les caméras numériques sont accessibles, j’ai commencé à faire des films.

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© Benoît Grimalt

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© Benoît Grimalt

Age13 : Comment te présentes-tu quand tu rencontres des gens ?
B-G : Je dis que je fais des photos.

Age13 : Ah oui ? Tu ne dis pas « Je suis photographe » ?
B-G : Non. Il y a tout un mythe autour du photographe et je ne me reconnais pas dedans. En plus, maintenant je fais aussi des dessins et des films. Pour l’exposition qui a lieu à Cholet, l’équipe de communication a rédigé un texte pour me présenter, et ils me définissent comme une sorte d’artiste….

Age13 : Ah ! C’est peut-être ça que tu devrais dire : « Je suis une sorte d’artiste ».
B-G : Oui, peut être.

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Age13 : Est-ce que tu as une dent contre le festival de Cannes ?
B-G : Je suis originaire de Nice, mais je n’étais jamais allé à Cannes pour le festival. Quand je suis arrivé à Paris et que j’ai commencé à démarcher, dès que je proposais un sujet en mai, on me répondait “Non, là il y a le festival, on sera débordé”. On ne te dit même pas quel festival, on dit simplement « LE » festival. Et comme tout Paris descendait à Cannes en mai, j’ai décidé de faire un sujet sur le festival de Cannes, mais vu de Paris. Personne n’en a voulu. Et depuis, chaque année, je fais un sujet sur Cannes vu de l’endroit où je me trouve. Pour répondre à ta question, oui j’ai une dent contre Cannes. Ce festival m’énerve un peu. J’y suis allé et je trouve ce déballage d’argent écœurant. Tu ne peux pas circuler comme tu veux. Personne ne parle de cinéma.

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Do you know Syd Barrett ? © Benoît Grimalt

Age13 : Peux tu expliquer le projet « Do you know Syd Barrett » ?
B-G : À l’époque je cherchais à faire un sujet. Souvent, je fais des photos dans la rue. Donc quand on regarde l’ensemble, on voit des photos de promenades mais c’est tout de même assez disparate. Alors que j’ai des copains, qui partent au bout du monde pour faire des sujets sur telle ou telle histoire ou problématique. Mais quand je voyais leur photo, je voyais  des photos de promenades, qui ne parlaient pas d’un sujet. Le sujet se trouvait simplement dans le titre. Tu as déjà vu des expositions du World Press Photo ?

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Do you know Syd Barrett ? © Benoît Grimalt

Age13 : Non, pourquoi ?
B-G : Parce que dans ces expositions, tu peux avoir la photo d’une tasse par exemple, et en dessous de cette tasse il y aura 50 lignes de texte pour t’expliquer que cette tasse contenait du poison, qu’elle a tué tel ministre, qui se comportait de telle façon avec son peuple. Finalement, c’est la légende qui fait la photo. Une photographie ne dira jamais rien. Et je suis parti de cette idée : j’allais trouver une idée de sujet, mais je n’allais pas vraiment en parler. Je n’ai rien appris sur Syd Barrett, je me suis simplement promené dans les rues de la ville où il habitait.

Age13 : Quand as tu commencé à faire ces photos qui ont tant d’humour et d’ironie ?
B-G : Quand on sort de l’école photo, on a envie d’être sérieux. Il faut trouver du travail alors on fait ce qu’on nous dit de faire. Je démarchais, sérieusement. Je montrais mon book, sérieusement. Je faisais mon travail, sérieusement, et je n’osais pas trop m’exprimer comme je le voulais. Et quand j’ai commencé ma série de Cannes, je me suis rendu compte qu’on pouvait faire tout et n’importe quoi. À partir de là, je me suis lâché ! Tant pis si mon travail n’est pas accepté, je ne ferai plus autre chose que ce que j’aime. L’entre deux, ça ne me convient plus.

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© Benoît Grimalt

Age13 : Pourquoi ?
B-G : Comme je ne suis pas assez fort pour faire semblant d’être dans une case, je ne fais pas rêver les gens. Et comme je sais que n’y arriverai pas, autant que je me concentre sur mes projets. Je suis pas bon pour rentrer dans les cases, et je pense que c’est ce qui fait peur. Un jour, le rédac chef d’un magazine m’a demandé « Et si je vous envoie faire des photos de Clint Eastwood dans un hôtel avec un mur blanc, qu’est-ce que vous me ramenez ? ».
Et bien, je lui ai répondu que je lui ramènerais une photo de Clint Eastwood dans un hôtel avec un mur blanc.

Benoît Grimalt est exposé à Cholet du 19 janvier au 22 février :
« bonjour, bonsoir » à la galerie de l’Ecole d’Arts du Choletais - Impasse des Charuelles - 49300 CHOLET

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1 Comment


  1. Merci pour cette découverte. Benoît Grimalt, j’aime beaucoup ce que vous faites, ça a du sens pour moi.
    :-)

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