Matthieu Chèneby et les ampoules

Mardi, janvier 17, 2012 |  by  |  Photographie, Portraits

J’avais déjà interviewé Matthieu Chèneby suite à la diffusion de l’émission Photo for Life sur Arte à laquelle il avait participé (article ici). Auteur de deux séries photographiques Rouge (des photographies d’objets en monochrome rouge) et Destruction (des images de paysages déconstruites par des effets de miroirs), il cherche un moyen de gagner convenablement sa vie. J’ai profité du passage à Paris de ce jeune photographe dijonnais afin d’en savoir plus sur son travail et sa vie.

Age13 : Peux tu me raconter l’histoire de ta série Rouge ?
M-C : Avant de réaliser cette série, je n’aimais pas du tout le rouge. C’est une couleur avec laquelle je n’avais aucune affinité. Mais en parcourant mes images, je me suis rendu compte qu’elle était présente dans chacune d’entre elles. J’avais déjà en tête l’idée de faire une série de photographies monochromes d’objets. J’ai acheté quelques bombes de couleur pour faire des tests, et le rouge rendait très bien. J’ai donc décidé de faire cette série avec cette couleur et maintenant, j’adore le rouge.

Age13 : Et pourquoi photographier des objets en monochrome ?
M-C : Les objets en monochrome viennent d’une réflexion que j’ai eu sur la forme des objets. Dans ma série, j’ai utilisé uniquement des objets de la vie quotidienne. Ce sont des objets dont on connaît l’utilité. On s’en sert tellement souvent qu’on cesse de les regarder. On ne se demande pas s’ils sont beaux. J’ai eu envie de les sortir de leur contexte afin de mettre uniquement leur forme en valeur.  J’ai beaucoup travaillé en amont pour sélectionner les objets. Je ne quittais jamais mon calepin sur lequel je notais tous les objets que je voulais photographier. Puis j’ai du faire un écrémage. J’ai par exemple décidé de ne pas prendre des objets qui dépassent les 30 centimètres de hauteur. Cette période a duré 7 ou 8 mois. Dès que j’ai eu la liste des objets sur lesquels j’allais travailler, il a fallu définir la technique que j’allais utiliser. J’ai créé le fond avec un ami, j’ai fait mon installation lumière. Puis, j’ai peint mes objets pendant une semaine. Voilà, maintenant je sais qu’une ampoule, c’est beau !

 

Age13 : Et d’où vient l’idée de ta série Destruction ?
M-C : Les idées de projets viennent toujours de ma vie quotidienne. Pour la série Rouge, j’étais en soirée, et je me suis retrouvé avec un objet dans la main dont j’ai longtemps contemplé la forme, j’ai réfléchis à pourquoi il a été fait comme ça…et la suite tu la connais. Et bien, pour la série Destruction, c’est pareil ! Je me rase les cheveux tout seul. Chez moi, dans ma salle de bain, j’ai une glace au dessus de mon évier, et perpendiculairement, j’ai une armoire avec une glace. Pour me raser, je tourne la glace de l’armoire pour voir ce que je fais dans le dos. Un jour, j’ai commencé à m’amuser avec ça, me voir en infini… Le lendemain je suis allé acheter des miroirs et un cutter à verre dans un magasin de bricolage. J’ai commencé à découper des miroirs et jouer avec mon appareil photo. J’ai mis du temps avant de trouver quelque chose de sympa à faire. Je suis toujours en train de travailler cette série.

 

Age13 : Dans l’idéal, comment t’aimerait que ta vie de photographe fonctionne ?
M-C : J’aimerai trouver un job qui me fasse vivre convenablement. Tant que je peux continuer à faire mes images et mes projets, tout me va. Je m’en fous d’être célèbre ou de gagner des millions d’euros, je veux juste vivre à peu près convenablement et avoir un lieu pour faire mes images. En ce moment, je bosse beaucoup pour moi, je travaille sur mes images. En fait, c’est pas un travail, c’est plutôt une vie. Souvent on me demande « tu bosses quand ? ». J’aime répondre que je suis en vacances en permanence. Je travaille aussi bien le samedi soir quand je suis en soirée et que je réfléchis aux formes d’une ampoule que le lundi matin en éditant mes images. Je réfléchis 24 heures sur 24 à mes photos.

Age13 : Cherches-tu à faire passer un message avec tes photos ?
M-C : J’ai aucune prétention. C’est un peu égoïste, mais je fais des images pour moi, je fais ce qui me fait plaisir. Après si elles touchent les gens, tant mieux, mais c’est pas mon objectif premier. Quand je réalise mes images, je ne réfléchis pas à comment elles vont être reçues. J’ai beaucoup discuté avec des photographes sortant d’écoles qui ont un cursus très complet : leurs travaux sont souvent plein de références. Moi, j’ai aucune référence ! Je ne me ferme pas aux autres, mais c’est vrai que je vais pas chercher à aller me renseigner sur les travaux d’autres photographes parce que je pense que ça m’aiguiller vers certains styles. Je me laisse avancer tranquillement. Je travaille pour moi.

Age13 : Pourquoi ?
M-C : Je ne sais pas. Peut-être qu’en m’excluant du regard des autres je cherche à me protéger. Peut-être. Je devrais demander une psychanalyse pour voir. Au collège, j’étais en décrochage scolaire et c’est très stigmatisant d’être catalogué comme le cancre de la classe. On se renferme sur soi. Est-ce qu’il y a une peur de montrer ses images, peur d’entendre les critiques ? Sûrement. J’ai pas beaucoup confiance en moi. Je suis toujours en train de m’interroger sur ce que je fais, où je dois aller.

Age13 : Quelles sont les infrastructures mises à disposition des jeunes artistes à Dijon ?
M-C : On a depuis deux ans maintenant un collectif de photographes qui s’appelle Room 38. Ils s’auto-exposent au rythme d’une exposition par mois et ils accueillent quelques photographes. Mais ces circuits sont toujours assez fermés. Tout est politisé quand il y a des histoires de subventions. Pour mettre ses projets en œuvre il faut être en bon terme avec les élus. Ce sont eux qui t’aideront pour la visibilité, avoir une salle ou ce genre de choses. C’est pas un mal quand tu connais bien les élus, mais moi qui ne suis pas adepte d’aller serrer des pinces dans les vernissages, me présenter et casser les pieds de tout le monde parce que je cherche du travail, et bien j’ai rien. Sinon à Dijon, on a l’Atheneum qui fait pas mal d’expositions, il y a le Consortium d’art contemporain aussi. Mais on n’a pas de grosses structures d’aide aux jeunes. Il existe quelques bourses régionales pluridisciplinaires pour les artistes. Elles récompensent des jongleurs, comme des photographes ou des sculpteurs. Mais là encore il faut connaître les gens. La vie ne serait pas plus simple à Paris, mais quoi qu’on en dise, il y a quand même plus d’opportunités. À Dijon tu dois avoir une dizaine de galeries maximum, tu en as vite fait le tour. Alors qu’à Paris, il y en a plusieurs centaines…

Son site internet : www.matthieu-cheneby.com

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2 Comments


  1. Super interview, bravo!
    Grace a toi j`ai decouvert l`emission « Photo for Life » (merci encore!!!)et comme je suis Bourguignonne comme lui et que je lui trouve beaucoup de talent, j`ai aussi voulu soutenir Matthieu. Il a accepte de repondre a une petite interview, affaire a suivre… Heureusement ce ne sont pas les memes questions ;o)

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