Nanda Gonzague | Promenades Photographiques 2012
Nanda Gonzague, photographié par Molly Benn
Nanda Gonzague est l’auteur d’un reportage délicat sur l’Arménie, qui m’a passionné tant les problématiques historiques abordées sont intéressantes et peu communes. Co-fondateur du collectif Transit, Nanda sait depuis ses 22 ans qu’il veut devenir photographe et a tout mis en œuvre pour y arriver. Il nous raconte ici son histoire.
© Nanda Gonzague
Age13 : Quel est ton parcours ?
Nanda Gonzague : J’ai commencé la photographie à l’âge de 22 ans. Je voulais témoigner du monde qui m’entourait. J’avais beaucoup voyagé en Amérique Centrale. J’étais notamment au Guatemala au moment de la signature de la paix après 36 ans de guerre civile. J’ai pu vivre et ressentir avec les guatémaltèques les enjeux qui se posaient à ce moment là. J’avais un appareil photo, comme toute personne qui voyage, et 3 bobines. J’ai fait seulement 5 photos nettes ! Mais quand je suis revenu en France, une des ces 5 photos m’a bouleversé : j’ai eu comme un déclic, j’ai su de manière très claire que je voulais devenir photographe. Je voulais être témoin de transitions historiques, les documenter. Je ne crois pas être un photographe contemplatif qui s’extasie devant des belles choses. J’aime comprendre l’histoire, analyser les phénomènes de construction et de dislocation identitaires ou culturelles.
Dans tous les cas, je savais très clairement que je voulais faire et je considère que ça a été une grande chance parce que ça m’a donné l’énergie de traverser toutes les étapes qui me mèneraient au métier de photographe…et c’est effectivement pas facile.
© Nanda Gonzague
Age13 : Justement, comment tu y es arrivé ?
N-G : Je me suis d’abord inscrit dans des photo clubs. On m’a appris les bases du tirage et je suis vite devenu animateur. L’année suivante, je me suis inscrit dans une école de photo à Montpellier, le Centre d’Images Nicéphore (cette école n’existe plus). J’y ai appris l’histoire de la photographie, j’ai commencé à prendre en main les techniques de traitements numériques. Puis, à la fin de la scolarité, quand il fallait faire un stage, l’école m’a proposé des stages dans la région dans des boutiques de photographies. Mais j’avais envie d’autre chose. Je voulais me tourner vers une photographie journalistique et documentaire. J’ai écrit des lettres à des agences de presse et j’ai reçu une réponse de l’agence Vu et l’agence Rapho. Je suis allé chez Rapho et j’étais extrêmement heureux. Je me sentais dans ma voie. Ce stage confortait mes choix, mes ambitions.
© Nanda Gonzague
L’agence Rapho, qui aujourd’hui n’existe plus sous sa forme originale, était une agence de photographes humanistes. On y retrouvait des photographes incontournables comme Robert Doisneau, Sabine Weiss, Willy Ronis, mais aussi des photographes plus contemporains comme Laurent Monlaü, Xavier Desmier, Stéphanie Tétu… Mon stage s’est très bien passé. J’ai énormément appris : j’ai compris le fonctionnement des agences, comment monter et vendre des sujets, travailler avec des photographes. À la fin de mon stage, Rapho m’a proposé de continuer à les suivre sur les festivals comme les Rencontres d’Arles et Visa pour l’Image. Je faisais des lectures de books. J’ai rencontré beaucoup de photographes, dont certains avec qui je suis encore en relation ! Bref, toute cette expérience m’a permis de comprendre le fonctionnement d’une structure de presse et c’est ce qui m’a mené, en 2002, à co-fonder le collectif Transit. J’avais la conviction qu’au lieu de rejoindre les agences qui perdaient petit à petit leur liberté éditoriale, il fallait continuer à défendre notre vision en se regroupant entre photographes. Dans le journalisme et la photographie, tout ne doit pas être rentable. En montant un collectif, je me suis dit qu’on aurait la liberté de pouvoir faire nos choix, même si on allait passer par une phase de vie très précaire. On était prêt à traverser cette épreuve pour ne pas sacrifier le fond et le sens de la démarche d’un photographe.
© Nanda Gonzague
Age13 : Est-ce que ça s’améliore après ? Est-ce qu’on finit par gagner sa vie ?
N-G : Oui, ça s’améliore. Aujourd’hui, je gagne ma vie. Mais c’est vrai qu’il peut y avoir des variations économiques. Tout émane du photographe. Il faut faire des nouvelles propositions. Il faut se rendre disponible pour les commandes. Il faut être régulièrement présent. Je crois aussi qu’on a eu le culot et la chance de monter notre collectif dans le sud de la France, sur une zone géographique où il y avait peu de photographes. Dans le cadre de la réduction des budgets, c’était avantageux pour les agences de presse et les rédactions de pouvoir trouver des bons photographes, qui connaissent bien la région. On s’est fait connaître petit à petit. On a commencé à démarcher en 2002. La première année n’a rien donné. La deuxième non plus, mais les gens commençaient à se souvenir de nous. J’ai eu ma première commande de presse en 2004, et à partir de là les choses se sont mises en marche. Il a fallu 3 ans pour que les rédactions parisiennes et les institutions nous associent à un secteur géographique, et nous identifient comme photographes-auteurs. Aujourd’hui, je travaille pour la presse et les institutions. Je m’en sors bien.
Age13 : Quel conseil tu donnes à une jeune photographe ?
N-G : Surtout ne pas se précipiter. Les choses se font par étapes. Tout ne dépend pas que de lui. Il faut avoir la volonté et la ténacité de persévérer. Beaucoup de jeunes photographes veulent marcher dès la première ou deuxième année. C’est pas toujours possible. Il faut du temps pour que le milieu vous repère en tant que photographe. Et puis la qualité du travail d’un photographe prend de l’épaisseur dans le temps. Il faut être patient, ne pas trop se précipiter, et travailler beaucoup.
© Nanda Gonzague














