Raom & Loba
Raom & Loba m’ont contactée, il y a quelque temps, pour me présenter leur travail (ils ont eu raison car je n’ai pas des yeux partout), et j’ai eu un gros coup de foudre pour le travail. Ils exposent leur première série photographique à la Galerie Snoop de Christophe Dhaussy (qui avait exposé François Pinçon, souvenez-vous). LANDscapeING, c’est des images d’enfants nus, dans des paysages, vides de toute trace humaine. Quelque soient vos références culturelles, ces images vous évoque forcément quelque chose.
Pourquoi ? Parce qu’on a tous été enfant.
Raom et Loba, photographiés par Our age is thirteen
Age13 : Bonjour !
Raom : Bonjour, nous sommes Raom et Loba. Nous travaillons ensemble depuis une quinzaine d’années. J’étais peintre…
Loba : Et moi, je viens du graphisme, de la littérature, et plein d’autres petites choses pas très importantes. En tout cas, ni l’un ni l’autre ne venons de la photographie.
Raom : Et quand on s’est connu, on a voulu faire œuvre commune. Chacun avait des compétences différentes, on voulait les partager, se les transmettre, échanger. Je ne connaissais pas du tout le travail sur ordinateur, j’étais toujours avec mon pinceau et ma toile et d’un coup, j’ai découvert que les ordinateurs pouvaient aussi servir à créer, et pas seulement à faire de la comptabilité. J’ai découvert un univers extraordinaire avec le numérique. Petit à petit, j’ai laissé tomber la peinture en tant qu’artiste indépendant et on a commencé à chercher ce que l’on pouvait créer ensemble.
Loba : Il fallait qu’on apprenne à travailler ensemble, vraiment à deux, à égalité sur l’œuvre.
Raom : Et moi, dans mon individualisme le plus primaire, je pensais que c’était impossible de travailler à deux sur une même œuvre.
Jardin, Raom et Loba, 2010
Age13 : Pourquoi avoir eu cette démarche de vouloir travailler à deux ?
Raom : Tout d’abord parce qu’on est en couple dans la vie. Ensuite parce qu’on travaillait tous les deux dans des milieux créatifs. Loba : Je collaborais dans une revue artistique trimestrielle. Nos micro-éditions étaient accompagnées d’expositions, systématiquement dans de très petits lieux. J’ai beaucoup travaillé avec et pour les autres. Je crois que ça m’a appris à envisager le travail à deux sans crainte.
Age13 : Qu’est-ce que ça vous apporte de travailler à deux ?
Loba : Je pense que ça nous fait gagner beaucoup de temps dans la mesure où l’on a un recul l’un sur l’autre. On va laisser tomber certaines idées si elles nous plaisent pas à 100% tous les deux. On évite donc de passer des heures sur une piste avant de se rendre compte qu’il n’y a rien à en tirer. Et puis, à deux, on voit mieux.
Raom : Quelque part on devient spectateur de l’autre. On a un regard critique sur ses idées et ce qu’il fait.
Loba : Mais ce n’est pas de la critique gratuite. On est tous les deux impliqués dans le processus de création donc on a aucun intérêt à faire des critiques qui ne sont pas constructives. On discute, on amêliore, et cette confrontation est très intéressante pour l’avancée du travail mais aussi par rapport au travail quotidien de l’artiste.
Age13 : Pourquoi avoir décidé d’appréhender le médium photographique ?
Loba : Parce qu’on ne connaissait pas la photographie. On était sur un terrain vierge. Et aussi parce qu’on a découvert l’existence de la photographie stéréoscopique, c’est-à-dire la photographie en relief, et on adore le principe. On a beaucoup expérimenté, avant de se rendre compte que beaucoup de livres avaient été écrits sur le sujet… À l’époque, internet n’était pas aussi fourni que maintenant.
Raom : Il y une autre raison pour laquelle on a commencé la photographie. On habite à Paris, on vit dans un petit espace. Et moi, j’aime les grandes toiles : qui dit grande toile, dit grand espace. J’avais aussi besoin de changement. Mes idées allaient plus vite que le temps que prend la réalisation d’une toile. Quelque part, avec la photographie et le travail de retouche, on revient aussi à une pure création.
Loba : Et quelque part, le travail que l’on fait sur une photographie n’est pas loin de celui que ferait un peintre. D’ailleurs on se définit plutôt comme des plasticiens : on fait de la fiction, de la mise en scène.
Oiseau, Raom et Loba, 2010
Age13 : Que raconte votre série LANDscapeING ?
Loba : Le point de départ c’est des enfants qui sont parachutés dans le paysage. On ne voit aucune marque de civilisation, pas de maisons, ils ne sont pas habillés, ils ne sont pas surveillés. Ils sont en liberté totale. On ne sait pas trop ce qu’ils font. Après, de là, toutes les interprétations sont possibles. On pose des questions et le spectateur peut se raconter ce qu’il veut. Pourquoi ces enfants sont là ? Est-ce qu’ils viennent d’une autre planète ? Est-ce qu’ils créent un nouveau monde ? L’histoire est ouverte.
Age13 : Moi, j’ai pensé à Sa Majesté des Mouches.
Loba : Oui ! D’autres vont penser au Petit Prince… Et tu vois le parachute ? Peut-être qu’il évoque justement la chute que l’on fait quand on retombe en enfance. On propose aussi au spectateur de se souvenir de son enfance.
Raom : On a construit quelque chose avec des éléments très simples. Nous avons un parachute, et des enfants nus. Il n’y a aucune connotation sexuelle, ni aucune provocation, dans le fait qu’ils soient nus. On voulait évoquer la naissance, la liberté aussi.
Projection, Raom et Loba, 2010
Age13 : Comment mène-t-on un travail d’artiste sur plusieurs années ?
Loba : Tout dépend du degré de nécessité que l’on éprouve. Il y en a qui abandonnent ! Nous, si on était raisonnables, on aurait peut-être abandonné. Mais on l’est pas. On ne peut pas s’arrêter. Pourtant des gens ont essayé de nous décourager, de nous dissuader, qui nous ont fait des sermons… Mais non, il n’y a rien à faire, on est toujours là. Alors comment mener tout ça de front ? Il faut faire des efforts et il faut avoir envie. On travaille à côté pour vivre et alimenter notre pratique. Quand on a la chance d’obtenir un peu d’aide par ci ou de vendre quelque chose par là, on est content d’avoir plus de moyens. Mais ce qui est sûr c’est qu’on attend personne pour continuer de s’exprimer. On est autonome.
Vatn, Raom et Loba, 2011














Photos sublimes et interview vraiment intéressante, merci pour cette découverte !
Et bien de rien ! =)